Attention… Si vous êtes entouré de trop de sollicitude, c’est que la vieillesse se pointe…

Voir vieillir ses proches, c’est prendre douloureusement conscience de sa propre décrépitude

S’indigner, dire non, ne penser que « liberté » est la seule façon de continuer à vivre pleinement

Attention…entouré de trop de sollicitude, c’est que la vieillesse approche à grands pas!

Petit meurtre de rien du tout

Petit meurtre de rien du tout

1 seul personnage Jeanne, la quarantaine, un peu décalée…

Acte 1

Le rideau s’ouvre, un coup de feu, Jeanne apparaît, complètement éberluée, on voit les pieds d’un homme couché à terre dépasser.

Jeanne un revolver à la main

Ah bien ça alors, comment ça marche ces machins là ? Je n’y crois pas, je l’ai eu du premier coup et lui qui disait que j’étais maladroite. Un coup, un seul coup et…pfuitt y’a plus personne. Il est là….mort…non mais ce n’est pas possible ! … et si, pas de doute ; mais quelle idée, non mais quelle idée a t-il eue de laisser traîner ce truc? Y’a que lui pour faire des conneries pareilles. C’est que ç’aurait pu être dangereux, des enfants ça ramassent tout, ils jouent aux gendarmes et aux voleurs, c’est bien connu. Heureusement, il n’y en a jamais chez nous ; les enfants nous, on n’aime pas ça.

Un désastre, on a quand même évité un désastre.

Elle tourne et vire

Non mais j’y crois pas ; non, j’y crois pas. Encore une de ses plaisanteries à la con et moi qui marche, comme toujours, pauvre idiote.

De loin

Allez, ne me la fais pas, pas drôle du tout ; les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, t’as gagné, je me suis fait avoir. En aparté : Le crétin, oh la trouille ! j’ai une de ces soifs maintenant, la réaction !

Elle sort, en revenant un grand verre à la main,

C’est que j’ai du boulot, moi, fichue journée, j’ai promis à ta mère de passer, quelle corvée, non mais quelle corvée, pourquoi je me suis laissée embarquer là-dedans ? Trop gentille, vraiment trop gentille je suis, ça frise la bêtise car c’est moi qui lui ai dit que je viendrai l’aider. Elle ne me demandait rien. Trop fière !

Des confitures ? Elle ne peut pas acheter du Bonne Maman comme tout le monde ? Enfin, ce qui est dit est dit, j’y vais. Au public la confiture on s’en fiche, c’est le rapport avec leurs fils qui est le véritable problème, celui qui nous oppose aux belles-mères ; en fait, il faudrait une génération spontanée de maris. Déjà qu’ils sont difficiles à supporter mais en plus, là, juste derrière, elles te les manipulent, c’est rien de le dire.

Des petits garçons, ils restent des petits garçons qui attendent toujours bouche bée la bénédiction maternelle,

« Oui mon petit, écoute ta femme elle a raison » ça, c’était au début de notre mariage, c’était comme s’il demandait la permission ; la garce, qu’est-ce que je pouvais faire ou dire ? Mais bien vite elle a changé le refrain de la chanson : « Elle est gentille Jeanne mais… » et après le « mais » , croyez-moi il y ‘avait à prendre et à laisser ! Enfin, et on y est maintenant, c’est la guerre ouverte « T’aurais jamais dû mon petit épouser une femme comme elle ; elle ne te comprend pas, elle te convient pas, il y aura toujours de la place pour toi à la maison » et là, écoutez bien, c’est le must, l’hypocrisie qui devient du grand art « Au cas où, et je ne le souhaite pas, ce deviendrait nécessaire »

Bon, j’y vais, t’as besoin de rien ? Soupe de poireaux ce soir, je m’arrêterai prendre un peu de jambon cru et de fromage, encore que le fromage, le soir, ce n’est pas recommandé, tous les régimes le disent ; tu te charges du pain ?

Elle prend son sac, se regarde dans la glace, range une ou deux choses et se dirige vers la chambre, elle voit les pieds, fronce les sourcils,

Ben non… pas possible…

Elle souffle… avance à petits pas…lui donne un petit coup de pied

Arrête, c’est plus drôle, ça ne me fait pas rire

Elle recule, s’avance à nouveau, recule

oh merdouille, de merdouille, de merde, manquait plus que ça ! Il me les aura toutes faites. C’est pourtant vrai qu’il est….

Qu’il est mort… incroyable : y’a 5 minutes, frais comme un gardon et là… faut que je me fasse à l’évidence plus mort que moi.

C’est que ça change tout. Bonne chose, solide argument, je ne vais pas voir l’autre, elle attendra.

Je suis quand même dans la…. Faut que je me sorte de là ; réfléchissons… Ce n’est pas le moment d’en rajouter, il faut prendre les bonnes décisions.

Elle s’assoit sur la banquette et a un petit hoquet

Ce hachis parmentier ! J’avais l’intuition qu’il ne passerait pas, eh bien j’ai eu raison. Ils mettent n’importe quoi dedans. Pas de doute, il n’y a rien de mieux et de meilleur que le fait maison.

Elle regarde dans sa direction

C’est toujours ce que j’tai… , elle se reprend, au public : c’est ce que je lui ai dit. Il ne m’a pas écoutée. Enfin maintenant, il s’en fout ; lui mais moi, ça gargouille là-dedans. Un oxyboldine et c’est fini.

Elle se lève, va prendre dans un tiroir un tube, en sort un comprimé qu’elle met dans le reste de son verre d’eau Une chance ce truc et bien sûr pas remboursé par la Sécurité Sociale. On se demande bien qui décide, croyez-moi, il y a collusion, les labos et les pharmaciens, ils s’entendent pour vous vendre à prix d’or leur marchandise qui n’arrive pas à la cheville de « ça » elle montre le tube qu’est vieux comme le monde.

Bon, c’est pas tout, qu’est-ce que j’en fais ? Il me laisse dans une de ces panades ; c’est bien lui, se tirer quand ça sent le roussi. « Démerde-toi ma vieille »

Pas facile quand même. J’irais bien au commissariat si on ne s’était pas engueulé comme des chiffonniers hier soir, à tel point que les voisins sont montés, pile poil au moment où je disais « Si j’avais de quoi, je te la casserais ta gueule de merde, j’te l’éparpillerais en confettis. » Oui, je crois que j’ai dit ça ; un peu vulgaire j’en conviens mais pour les puristes : une citation, une vraie et drôle en plus de ça. Pur hasard, la 4 a passé les « Tontons flingueurs » jeudi dernier. J’ai bien aimé l’idée des confettis, ça fait fête.. mais revenons-en au commissariat. C’est qu’il n’est pas près et qu’on fait toujours la queue. En plus : ils me croiront, ils me croiront pas… je prends-là un sacré risque. La garde à vue, très peu pour moi, on ne sait jamais sur qui on tombe, c’est qu’il y en a des gentils mais il y a aussi des brutes. Dans les séries policières, ils font avouer n’importe quoi à n’importe qui. Et la prison ? Quitter son petit intérieur douillet…les rats, la mal bouffe et les autres, car l’enfer, c’est les autres. Les autres qu’on ne connaît pas, qu’on n’a pas choisi pour «  ami ». Exclu, c’est exclu.

La faute est quand même partagée ; qui c’est qu’a laissé traîner son revolver et chargé en plus ?

Qui dit… Qui dit qu’il n’avait pas une idée derrière la tête et que je pourrais bien, à cette heure, être roulée, toute seule, abandonnée, froide, dans le tapis. Ce serait alors de la légitime défense. Monsieur le commissaire, croyez-moi, c’est au nom du principe de précaution que … pan dans le 1000 !

N’y pensons plus, ils ne sont pas futés et ne comprendront rien, il leur faut des faits, rien que des faits et là, je suis mal placée.

C’est quand même une idée, une bonne idée mais… il faudrait alors être convaincante, trouver les mots, les bons mots ; ce n’est pas mon fort. Sur le moment, comme je suis timide, rien ne vient, on dirait un triton hors de l’eau, c’est après que je me dis « Jeanne t’aurais du dire ci et ça » mais c’est trop tard.

Tiens, l’autre jour, chez le docteur Roux, il a dit «41 ans, Madame Foissy, si vous voulez des enfants, il va falloir vous y mettre » . D’abord de quoi je me mêle ? Je n’ai pas répondu, alors il a continué sur les cycles et patati et patata. Y’en a eu pour un bon 1/4 d’heure car il a enchaîné sur les risques des grossesses tardives ; il manquerait plus que ça, un mongolito dans la famille. Et bien, c’est après, sur le chemin du retour, que je me suis dit que j’aurais pu échapper à tout cela. Il suffisait de 3 mots mais, pas une minute, j’ai pensé à lui dire que j’avais un stérilet et qu’en plus, par précaution, je prenais la pilule…

C’est vrai, je n’ai pas la répartie facile.

Bon, tout ça ne règle pas mon problème. Qu’est-ce que j’en fais ?

Ah ça pour m’en faire voir, il m’en aura fait voir. Pas une qu’il a loupée mais je m’en sortirai quand même, le tout est d’avoir un peu d’imagination.

Pas de panique, voyons les choses tranquillement. J’ai…J’ai 2 jours, 3 si je le laisse dans la chambre, fenêtre ouverte, c’est qu’il fait froid, surtout la nuit. Mais moi, où je vais dormir ? La banquette n’est pas confortable et si ne peux pas m’étirer, autant dire que je ne peux pas me reposer.

Tête froide il faut garder certes, mais bonne santé quand même et tout repose sur moi, comme d’habitude.

A lui

T’es vraiment pas sympa ! Jusqu’au dernier moment ! Jamais, non jamais tu ne penserais à moi, ne serait-ce qu’un instant ! Tu t’es vu ?

Elle va vers lui le tire par les pieds, il est en partie sur scène. Elle se penche vers lui.

Une chance, on voit quasiment rien par là, juste un petit trou, ça se raccommode.

Suis-je bête ! Eh bien tu le garderas comme ça, ton veston. Les morts, on les met dans leurs habits du dimanche et ben toi, t’auras ton trou. En mettant la cravate dessus ? Non, ça n’arrange rien, du coup elle est de travers, c’est encore plus moche.

Bon, c’est un détail.

C’est quand même fort de café. Rien, pas de dommages collatéraux, et il est mort… c’est vraiment pas de chance à moins que, à moins que… elle le soulève légèrement et regarde dessous C‘est bien ce que je pensais, tu ne fais rien à moitié, un désastre. Toute cette hémoglobine sur le tapis. Et c’est le tapis qu’on a rapporté de Téhéran, celui auquel je tenais comme à la prunelle de mes yeux.

Pire qu’un désastre, une conspiration contre moi, mon tapis, mon Dieu mon tapis…

Elle a l’air pour la première fois complètement abattue.

Mon tapis …et dire qu’il m’avait coûté un bras ! Une fortune ! Mon tapis…

A lui Ah merci, t’as bien fait les choses.

Bon ; il n’y en a qu’une qui peut nous sortir de là.

Elle va chercher son portable, compose un numéro, s’assied en regardant vers son mari.

Allo, Allo c’est toi Véro ? C’est bien toi ?

Bien sûr que je t’ai reconnue mais aujourd’hui j’ai la tête à l’envers et toi, ça va ?

Wouah ! Raconte, c’est trop drôle

.

Quoi ? Il a osé te dire ça ! Et qu’est-ce que t’as répondu ?

Bien envoyé ! T’es champion ! Il ne ramènera plus sa fraise ! C’est comme le mien, attends que je te raconte …Véro l’interrompt

Ah bon, et combien ?

Pas cher, t’as raison ! Ça valait le coup, à propos de coup…. tu ne devineras jamais, tout à l’heure le coup est parti …à nouveau Véro l’interrompt

.

Ce serait pas de refus d’autant plus que j’en ai besoin. En dentelles noires, une guêpière à ce prix, il faut sauter dessus mais…Ce serait dans 2 ou 3 jours, je ne dis pas, j’assortirai avec la petite robe noire, mais aujourd’hui, impossible, non je ne peux pas venir.

……..

Jeanne éclate de rire, pleure de rire, se reprend…

Arrête, arrête un peu et maintenant écoute-moi. C’est important et urgentissime. Est-ce que tu sais comment nettoyer des taches de sang sur un tapis ?

..

Je te le dirai, promis, mais le plus important : tu sais ou tu ne sais pas ?

..

Mais non pas n’importe quel tapis, sur MON tapis, le tapis que j’ai rapporté de Téhéran et qui m’a coûté la peau des fesses

En laine bien sûr

.

Ça c’est une bonne idée. Attends je me mets dessus.

Elle se précipite sur son ordinateur

Ça rame, ça rame, c’est exaspérant. On devrait pouvoir débrancher toutes les connasses qui racontent leur vie sur facebook quand il y a des priorités, des vraies, tu ne trouves pas ? Écoute, je t’abandonne, je n’ai pas trois mains, on se rappelle, tu m’as sortie d’un fichu merdier.

On entend Vero raccrocher

Attends, attends j’ai qq chose d’autre à te demander.. Que faire d’un cadav…?

Bien ma veine, elle a raccroché.

Au public Elle est vraiment super Véro, c’est plus qu’une copine, une véritable amie, toujours là pour me secourir. Le problème tapis est résolu, il reste l’autre. La solution, je l’ai ! Google l’amie de la veuve et de l’orphelin ! Je m’y mets et on n’en parle plus.

Elle se remet sur l’ordi

Voyons…comment se débarrasser, non ce n’est pas sympa, comment faire disparaître un corps ?

Pan dans le 1000, encore !!!

Zut, je n’ai pas fini, il y en a des pages. C’est rassurant, je ne suis pas la seule ! J’imprime et on verra après.

Déjà que je n’aime pas lire, que j’ai loupé mon feuilleton ce matin et que pour mon tapis, c’est pas gagné ! La chance n’est vraiment pas avec moi aujourd’hui.

Allons-y ! Papier, les cartouches, ah oui les cartouches, c’est aussi d’actualité ! Je m’en passeais bien ! Je sélectionne et …. ce n’est pas vrai, je n’y crois pas, il y a vraiment des plaisantins partout Elle lit, Découpez le cadavre en morceaux. Si vous avez de la chance et que vous êtes en période de fête, emballez les morceaux dans des cadeaux, vous passerez alors inaperçu lors du transport. Allez au zoo le plus proche pour y jeter les morceaux de viande dans les enclos des animaux carnivores. Comme si je n’avais que ça à faire. On ne rit pas avec ces choses là, quand même. Bon, la suite Elle marmonne puis à voix distincte Je crois que j’ai trouvé « TOP 10 des astuces pour se débarrasser d’un corps », quel manque d’humanité ! J’imprime, je verrai après.

Continuons ouah c’est chaud là, ils n’y vont pas de main morte…comment faire disparaître un cadavre… C’est répugnant, « un cadavre », malsain, manque de sensibilité, je n’ouvre pas pour lire des horreurs qui risquent de me donner des cauchemars ; à d’autres.

Je continue, « De la persévérance ma fille » me disait ma grand-mère. Si elle me voyait elle serait vraiment fière de moi. D’autant plus, c’est un secret familial dont personne ne parle, jamais, un vrai secret : son mari….eh bien son mari …Papy, un jour, il a bel et bien disparu. Vous voyez ce que je veux dire ! C’est ce jour là, j’avais 10 ans, peut-être un peu moins que j’ai appris un mot compliqué : occis ; verbe du 3em groupe, à l’infinitif occire. Je ne sais plus si c’est papa qui l’a dit à maman ou le contraire, comme quoi la mémoire peut jouer des tours mais le « Cette fois-ci, elle l’a bel et bien occis » j’en suis sûre !

Bon, ce n’est le moment de remuer le passé, ce qui est fait est fait, on ne revient pas la-dessus. Elle faisait drôlement bien les beignets aux pommes, Mamie ; pour le reste….Chacun fait bien ce qu’il veut. Non ?

Elle continue à chercher sur internet

Encore un plaisantin. Non, c’est peut-être utile « Comment se débarrasser d’un corps au pied ? » Qui peut le plus, peut le moins…à voir si c’est vrai dans l’autre sens..on peut toujours espérer ; j’imprime, ça peut toujours servir !

Elle écarquille les yeux et se tape sur les cuisses

Wouah ! J’ai trouvé, enfin presque, mais pour une surprise, c’est une surprise…..


Acte 2

Un énorme paper-board, des post-it, des flèches en étoile avec au bout desquelles les mots :

pH <7 (acide) – homme à la mer – feu de camp – porcine – faut pas tout gâcher (récupération) – la souterraine – coucou mega surprise (???) – la nostalgique – Gravity.

Certains mots sont déjà barrés, à côté d’autres des annotations.

Elle, dans le canapé, plein de papiers autour d’elle ; elle baille et s’étire

– Je n’en peux plus, jamais on m’y reprendra, mon Dieu quel boulot et pourquoi ? Pour un geste malheureux, pour rien, et voilà que surgit the big problem : comment le faire disparaître ? Le transformer en homme invisible !

Cette affaire là, c’est comme toujours, il faut avoir les moyens ou faire partie d’association. Ça s’appelle l’injustice sociale ; « Selon que vous serez puissant ou misérable » ouais, je sais, tout a été dit sur le sujet, ils ne m’ont pas attendue, toujours est-il que si j’avais fait partie de la mafia ? Facile, 2 ou 3 costauds l’auraient déjà attrapé, balancé dans le coffre d’une voiture et coulé dans béton.

C’est pas très sympa de finir comme ça mais c’est propre, efficace.

Toute seule ? Comment je vais faire toute seule ? L’artisanat ne paye pas, je prends tous les risques et rien dit que je vais y arriver.

Elle se lève, se dirige vers le tableau, prend un feutre

Je n’ai pas le choix reprenons. Sur les 10 solution proposées, combien en reste -t’il? 4 Les autres ? Ce sont soit des incompétents plutôt des plaisantins ou des rigolos qui les suggèrent, comme si le sujet était drôle… vraiment des tarés

Elle se tourne vers le public

Jugez plutôt ; Gravity : louer un engin spatial et le basculer dans la stratosphère… y’a vraiment des gens qui n’ont rien à faire. Celle-ci, c’est pas mieux..les cochons... le donner à bouffer à des cochons, il ne faut pas rêver, où je les trouve, moi, les cochons dans ma banlieue ? A partir du moment où une solution n’est pas adaptable à toutes les situations, quel intérêt, je vous le demande, mais quel intérêt ? – du temps perdu, rien de plus.

Le feu ? L’écologie est passée par là, interdit même de brûler ses feuilles dans son jardin. Alors un corps… La co-pro serait en révolution …c’est pas du tout l’époque des barbecues ; les voisins débarqueraient, c’est sûr, curieux comme ils sont.

L’acide, j’y ai bien pensé, il reste toujours le même problème, où le trouver, combien de litres ; j’ai toujours été fâchée avec les chiffres ; les volumes, c’est pas mon truc alors s’il m’en reste des litres et des litres, qu’est-ce que j’en fais quand on sait que j’utilise moins d’une bouteille de destop par an. Et puis les émanations ? C’est que j’ai les bronches fragiles. Oublions !
Il ne reste pas grand chose ; j’ai déjà barré
l’homme à la mer, c’est fait.

Faut pas gâcher ? Le principe, c’est la récup. Ça aussi, ça sent l’écolo mais je n’ai pas de congelo assez grand et puis le manger, je ne trouve pas que ce soit très sain ; les 5 fruits et légumes par jour, c’est déjà une contrainte alors un régime carné à mon âge, steaks, pots au feu et tout le reste en non-stop pendant des mois, très peu pour moi. Se faire des meubles avec des tibias ou des abat-jour avec sa peau ? Regardez, il est douillet mon intérieur, plus besoin de rien et puis …Je ne trouve pas que ce soit très moral ; des personnes mal intentionnées, et il y en a plus qu’on ne pense, pourraient dire que c’est pour ça que je l’ai tué, et ce n’est pas vrai, c’est pour rien, ce qui est ridicule je le sais, mais c’est un fait, c’est pour rien. Je n’ai pas fini de le dire.

Alors il reste ? Il reste quoi ? Ah oui, la souterraine...Eh bien non, encore sa faute à croire qu’il l’avait fait exprès : on est les seuls ou presque de tout le quartier à avoir fait faire à la cave une dalle ciment. Si j’avais su, il y a encore 2 non 3 ans, c’était de la terre battue, tout aurait pu être possible, encore que…je ne suis pas très costaud alors creuser un trou sans se faire d’ampoules, improbable non ? Et se faire aider ? Dans ce cas là, ce n’est quand même pas facile…

Réfléchissons…Monter une cloison et le glisser Entre les murs, j’aime bien, j’aime bien l’idée mais où ? That is the question…

Elle se ballade dans la pièce

Le mieux serait…le mieux serait…pas facile…c’est que l’appart est petit. Ma chambre ? Exclu, c’est que je veux garder un peu d’intimité et le savoir là, tout le temps, on n’est pas loin du voyeurisme, pas de ça Lisette. Debout ce serait mieux et là, juste entre le mur et la fenêtre, un peu derrière le double rideau, extra !

Un ? Deux ? Trois avantages : il ne prend pas beaucoup de place, il garde la maison, ça me rassure et près de la fenêtre, il ne s’ennuie pas.

Alors on y va ! Mais comment le faire tenir droit ?

Elle se recroqueville à nouveau dans le canapé, ferme les yeux et tout d’un coup en jaillit, se précipitant sur le paper-board

Bien sûr, j’y suis ! Que j’ai pu être bête, tout est là et j’étais aveugle. Par contre, il me faut l’adresse. Voyons voir, voyons voir.

Elle se jette sur son ordi, marmonne puis à voix claire

J’ai trouvé, ça courre pas les rues, ah voila, un qui fait du grand format, c’est bien mais …zut, en banlieue ; RER et bus, la totale. Mais quand faut y aller, faut y aller.

Elle s’affaire, va chercher son manteau,

Quel jour on est ? Bon, on a la chance que ce soit ouvert, j’y cours. Pas le temps de faire les courses, la priorité, c’est lui…

Elle attrape son sac Fin du 2em acte.

3em acte

Jeanne entre, le jour tombe, elle allumer une lampe. Elle se jette sur le canapé, fait valdinguer dans la pièce ses chaussures, dévore un sanwich, se relève et se sert un whisky bien tassé

Je n’en peux plus…. Éreintée, je suis éreintée et lui qu’est là, à rien foutre ! Plus jamais, non plus jamais…Mais quelle journée… jamais, non jamais je n’aurais cru ça et puis, en prime, la malchance ; le coup de l’autobus, ah vraiment il n’y a pas de Bon dieu…je suis morte, archi-morte.

Elle se tourne vers lui

Si tu savais mon pauvre loup dans quelle galère je me suis fourrée. Et tout ça pour toi, une fois de plus. Ah elle était bonne l’idée de te mettre là, près de la fenêtre. Pour être bonne elle était bonne sauf que…il y a un sacré problème technique et pas des moindres, te faire tenir debout. Pourtant, tu aurais été si bien là, toi le chef, tu aurais continué à tout superviser, pour une fois silencieux et calme, ce qui m’arrangeait bien. T’emballe pas, mauvaise nouvelle, c’est apparemment très compliqué.

Au public

J’étais partie gagnante avec une idée de génie : le faire empailler. Il n’y a pas de quoi rire, une stature pareille, c’est du boulot et qui se le serait tapé ? Mezigue… sauf que…il m’a d’abord fallu trouver une société de taxidermie, c’est comme ça que ça s’appelle et la plus importante, du moins celle qui faisait le plus de pub dans les pages jaunes était à perpette les olivettes. 1H30 de trajet, métro, RER et pour couronner le tout un bus improbable qui s’arrêtait partout.

A lui

Pour toi, qu’est-ce que je ne ferais pas. Ok, c’est aussi un peu pour moi car t’avoir là, couché sur le tapis, mon tapis de Téhéran qui m’a coûté une vraie fortune, je déraille je crois l’avoir déjà dit, enfin bref, te voir par terre comme un chien ce n’est pas une situation durable donc direct dans l’aventure.

J’y suis arrivée, fin de matinée, un gros, très gros entrepôt ; j’étais confiante, heureuse. Cela n’a pas duré longtemps, un type pas franchement sympa est venu en traînant les pieds

– C’est pourquoi ?

– Ben, pour empailler… J’allais pas dire qui quand même, ça ne le regardait pas, c’est pour le principe, on a droit à sa vie privée

Comme je ne répondais rien, il s’est amadoué

-Soyez pas triste ma petite dame, on s’attache à ses bêtes, après vous verrez il sera comme neuf. Vous l’avez apporté ?

Quel crétin, il voyait bien que je n’avais que mon sac à main, bon, c’est une grosse besace mais quand même.

A lui -Comment t’aurais-tu bien pu tenir dedans ? Ne rêvons pas

Au public – Il s’est alors un peu énervé de mon silence

– Allez voir la show-room, y’a de tout, je vous préviens on a beaucoup de boulot en ce moment, au moins un mois de délai quelque soit la bestiole

– C’est que je voudrais le faire moi-même

– ah c’est autre chose qu’il me dit, faut le matériel et l’armature appropriée

– L’armature ? Le matériel ?

– Eh oui, le principe est toujours le même, on retire tout, on récupère la peau que vous plaquez sur la structure et le tour est joué. Pour ce qui est du matériel …des scalpels, des pinces, et puis les yeux

– Les yeux ?

– Vous croyez pas qu’on remet les mêmes, enfin un peu de bon sens, pareil pour les moustaches

– Il n’en n’avait pas

– Allez voir là-bas, choisissez le modèle qui vous plaît et revenez vite. Pour une première fois, c’est compliqué, il y a un guide, très bien fait mais c’est 20 euros. Attention, on ferme de 12H30 à 14H, faut vous dépêcher un peu.

A lui

T’aurais ri, on se serait cru au Pont Neuf, des bestioles partout ; des chats, des chiens dans toutes les postures, il y en avait un les babines retroussées, on aurait cru qu’il allait mordre et il y a des gens pour acheter ça. Des souris, un perroquet, un serpent, t’y crois toi, un serpent.

En grand format ? Une biche ; t’as rien d’une biche…et puis, la trouvaille : un ours ! Cocagne ! un bel ours debout sur ses pattes de derrière et un air gentil mais gentil, on avait presque envie de le caresser. Tu parles si j’étais contente. Toi, là-dedans, t’aurais été superbe.

Coudes au corps pour être dans les temps, je suis partie à la recherche du type et si tu savais ce que j’ai vu. Un atelier, ça puait, une horreur, je ne te raconte pas ; des carcasses partout, j’ai fait quelques pas, impossible d’aller plus loin, sensible comme je suis, je n’ai plus bougé et suis restée quasiment collée au mur. Tout le long des murs, des présentoirs en verre avec, c’est inracontable, des yeux de toutes les formes, de toutes les couleurs et puis..des cils… des poils, des griffes, des… enfin de tout. Te glisser dans l’ours, passe encore mais choisir tes yeux, ton bout de langue…tout… car plus rien n’est d’origine ; cerise sur le gâteau, tout est fait « made in China » c’est ça le scandale. D’après ce que j’ai compris, il n’y a que la peau qu’on conserve. Autre difficulté et pas des moindres, qu’est-ce qu’on fait de…de l’intérieur ??? Ce doit être répugnant mais à la guerre comme à la guerre, j’ai tenu bon

Je voudrais l’ours. Combien coûte t-il ?

Je ne me rappelle plus, c’était une fortune. J’aurais bien discuté, demandé un article en solde ou même accepté une ou deux imperfections pour obtenir une bonne réduction. La fourrure un peu élimée ici ou là et hop,20% d’un coup, ç’aurait été top. Tu penses bien avec les vacances dans deux mois, faut que je serre le budget mais scoumoune de scoumoune il n’en avait plus, même en stock. Alors je me suis dit, un peu plus petit ce sera moins cher, j’ai pensé à un kangourou, ç’aurait été original. Nib, pas de kangourou en magasin. Style mammifère, ça se complique, et te voir à quatre pattes, en bélier ou même en tigre ou lion non, je crois qu’à long terme ça ne m’aurait pas plu. Et puis il y avait le problème de place, 4 pattes, c’est pas pareil que debout, y’a pas photo. Le type commençait à me regarder de travers, on se demande bien pourquoi. Ah le service n’est plus le même, le commerce de proximité s’étonne de perdre des parts de marché au profit de la vente en ligne, ça n’a rien d’étonnant.

Enfin, j’ai craqué, pour toi qu’est-ce que je ne ferais pas, j’ai vraiment insisté c’était l’ours que je voulais, entier, debout. Top là, qu’il me cède celui qui était là, dans le devanture, avec une petite réduc quand même et je l’embarquais illico. Et même que pour m’être agréable, il serait bien gentil de me trouver un système pour l’ouvrir et le fermer, comme une grande fermeture éclair dans le dos ; c’est le mieux pour t’y glisser, tu es d’accord ? et en un tour de main le problème était enfin résolu ; il n’a rien compris, ça se voyait, on aurait cru un triton hors de l’eau ; plus formel et intransigeant que lui il ne faut pas chercher ; il a tout refusé et de me vendre le modèle en exposition et même de m’aider plus avant dans ma recherche. Midi et demie, il ne pensait plus qu’à sa pose déjeuner et m’a carrément fichue dehors.

Quel coup pour le moral ; affreux. Qu’allais-je faire de toi ? Bredouille, j’ai repris l’autobus. Tu m’imagines, rien dans le ventre, déçue, je regardais par la fenêtre sans rien voir à vrai dire. Ces zones industrielles sont d’un sinistre. C’est alors que, miracle de la vie, une affiche, de celles que je déteste, qui dénaturent toutes les zones peri-urbaines, me saute à la figure. Un signe du ciel,  « Eros center », « poupées gonflables… » Le temps que l’info me parvienne au cerveau, que je tilte, que j’accepte l’idée que « poupée » ne veut pas dire forcément « femelle » mais qu’il peut y avoir des poupées « mâles », l’autobus avançait, avançait…je me suis jetée sur le bouton demande d’arrêt à la prochaine station sans savoir du tout où j’étais et me suis retrouvée éberluée sur un trottoir, au bord d’une route où les camions et voitures semblaient jouer au 1er qui arrive a gagné. Des usines, des entrepôts, personne, pas l’ombre d’un petit boulanger ni même d’un arabe ouvert. Je me suis assise sur un petit muret, la situation était grave mais pas désespérée. Il me fallait retrouver l’affiche donc revenir en arrière, noter l’adresse et m’y rendre. Quoi de plus facile ? Il me suffisait de prendre l’autobus en sens inverse sauf que…sauf que d’où j’étais, j’avais beau regardé à droite et à gauche, pas l’ombre d’un arrêt de bus de l’autre côté. Pas de panique me suis-je dit, d’autant plus qu’un piéton, un homme, peut-être perdu comme moi, s’avançait vers moi. Charmant, tout à fait mon genre mais était-ce le moment de batifoler, non bien sûr ! Efficace et pressé. Il a sorti sa tablette, tapé je ne sais quoi et miracle de la technologie

-L’arrêt de plus proche du 287, dans l’autre sens, est de l’autre côté du cimetière. Voyez le plan…

-Un plan ? Tu sais mon amour des plans -Montrez moi plutôt

-De l’autre côté, vous voyez ce grand mur, c’est le cimetière de ….j’ai oublié le nom, vous le contournez par là et vous y êtes ou mieux, vous le traversez en diagonale pour gagner du temps. Ce doit être à 5/10 minutes, pas plus.

S’il n’y avait pas eu urgence, j’aurais reporté à plus tard mais combien de temps je peux te garder là ? Ça m’obsède, d’autant plus que tant que tu es roulé dans mon tapis ; mon beau tapis de Téhéran, payé et payé cher, eh bien, je ne peux pas le nettoyer et les tâches de sang… chocolat, œuf et sang l’horreur de la ménagère. Alors me voilà partie et traversant de part en part ce cimetière sauf qu’il y avait pas deux parts ! Une entrée et pas de sortie, tu y crois toi ? Jamais vu ça. Une ½ heure, j’ai tourné, viré, pour revenir au point de départ ; j’en ai pleuré de rage ce qui n’a ému personne car les quelques clampins que j’ai pu croiser avaient tous la mine de circonstance et que mes larmes ne les ont pas une seule minute apitoyés. Leur demander à eux où était l’Éros Center, je n’ai pas osé, un peu de respect pour la douleur d’autrui, c’est le minimum. Alors je continuais à pleurer d’énervement, il y a de quoi, tu es d’accord ? de mal de pieds, de faim. Quelle injustice, le sort s’acharnait contre moi mais je suis butée, ça aussi tu le sais et j’ai tenu bon. Je te passe la suite, j’ai du aller jusqu’au ….

La lumière s’éteint. Noir absolu

4em acte

Dans le noir

Oh merde une panne, qu’est-ce qui a sauté ? Peut-être que je n’aurais pas dû ouvrir en même temps la porte du frigo et du congelo pour qu’il fasse plus froid ici. Ce doit être un problème de puissance électrique. Comment savoir ? C’est bien la première fois que j’ai un cadavre dans mon salon et en plus, celui de mon mari. C’était lui le «Mac Gyver », à la maison,pas moi, ça se saurait… Que faire ?

Où peut-il bien y avoir une lampe de poche? un temps mort Ah oui, oui je sais, le tiroir de …. Attention il faut que je fasse attention, il est en travers, je vais me casser la binette. Toujours là quand il ne faut pas.

A tous les coups, je vais me prendre les pieds dans le tapis, mon tapis, celui qui….

Bruit de qq’un qui tombe

Ouille, ouille ma cheville. Et en plus je lui tombais dessus, rien ne me sera épargné aujourd’hui ; j’ai la guigne, demain est un autre….

La lumière se rétablit, elle n’est pas sur scène . On l’entend

Je suis fortiche quand même, premier essai : un coup de maître. Faut que je me rappelle, c’est le truc rouge qu’il faut remonter quand tout disjoncte. En attendant, je remets en route le congélo ; quand même je ne suis pas chanceuse aujourd’hui, en un peu plus grand, j’aurais pu le mettre dedans en attendant des jours meilleurs.

Le téléphone sonne, elle regarde qui c’est

-Vero c’est toi ? Ca me fait du bien de t’entendre, je n’en peux plus, si tu savais….

..

– Quoi ? Le tapis ?

..

– Ah oui, je n’ai pas encore essayé, pas eu le temps mais je ne me fais pas d’illusion, je ne le rattraperai pas et si je dois l’envoyer au pressing, c’est la ruine ; déjà qu’il m’avait coûté une fortune

..

– Je ne te l’ai pas dit ? Un coup, un seul coup, malheureux, et j’ai tapé dans le 1000, t’y crois, toi ?

..

– Comment ça tu n’y comprends rien ? Il est là, mort, archi mort mais le plus étonnant voire le plus drôle c’est ce que j’ai fait cet aprem, figure-toi que je suis allée dans un Éros center et tu ne me croiras jamais, j’ai vu de ces trucs, à tomber par terre. Que je te raconte… Si ça coupe, t’inquiète pas, je n’ai pas été là de la journée alors avec tous ces incidents j’ai plein de trucs à faire alors je bouge

Elle range, met ses pantoufles, boit un verre d’eau, commence à se déshabiller tout en gardant son portable coincé contre l’oreille

En fait je voulais voir les poupées gonflables et s’il n’y avait pas moyen de…

..

– Si tu m’interromps tout le temps, on en a pour la nuit. Assieds-toi et écoute-moi, tu comprendras.

Entrer dans ce genre d’endroit n’est pas facile mais j’étais épuisée, je n’avais pas traversé le cimetière de fond en comble pour abandonner la partie

..

-Tu recommences ! Quand c’est pas toi qui parles, t’es vraiment pas au truc. On s’en fout du nom du cimetière. Je continue. J’entre, une atmosphère de discothèque, musique, ploum, ploum, ploum de la techno, j’ai horreur et des mecs partout qui te regardent d’un drôle d’air. Quelques femmes, plutôt mauvais genre ou bien un rien apeurées, accrochées à leur bonhomme, quelques-unes riaient en montrant les menottes, les fouets, les cravaches mais tu sentais que c’était du forcé. Je te fais ça dans le désordre. J’ai déjà oublié un truc rigolo : à l’entrée, enfin pas loin, des kilomètres de vibros, godes, petits canards et autres de toutes tailles, de toutes couleurs ! Des bites tellement grosses que je crois que c’est vraiment impossible de… des avec double voire triple…., enfin bref tu me comprends. Finalement ça te retire presque tes envies si tant est que tu en aies. Moi, j’avais d’autres soucis, à cause de lui et je n’avais ni tête ni le reste à ça. Je continue. Partout des mannequins avec des tenues…écoute, c’est pas compliqué : là où en général, pour nous, il y a un peu de tissu, eh bien là-bas il n’y en a pas ! Et ça tient ! Les soutien-gorges avec le téton de sortie, les bas ne sont pas à résilles, ils sont tellement ajourés qu’on croirait du grillage, c’est la couture à l’arrière qui doit tout retenir, porte-jarretelles en veux-tu, en voilà, cuir, latex à volonté ; les godasses, c’est pas mal non plus, jamais de ma vie je n’ai vu des escarpins si hauts, des couleurs flashies ! inconcevable ! Si tu veux, on ira toutes les deux un jour, c’est à voir.

Attends, j’ai besoin de mes deux mains, je te reprends.

Voila, c’est fait. Je te raconterai la suite demain, je n’en peux plus mais pour notre affaire : oui il y a bien des poupées gonflables « hommes » mais elles font 70 cms de haut! Des horreurs, genre pygmées avec des trucs monstrueux pour,….pour leur taille . Si tu veux plus grand, modèle américain, c’est 1m50, et comment je fais moi, il manque encore 30 cms, s’il faut que je le découpe, je ne me sens pas d’autant plus, il faut le dire, que le yankee il fait 1500 dollars alors que nos minus en font 70 … Retour à la case départ. Ç’aurait été marrant quand même, je ne peux pas m’empêcher de rire, tu le vois, lui, avec un engin de 30 cms  pour l’éternité!!! Je vais me coucher et rêver ! Dors bien toi aussi ma gazelle, je te rappelle demain, tout espoir n’est pas perdu, j’ai une autre piste.

Elle se déshabille et enfile une chemise de nuit

A lui

-Toi, tu vas mal finir, je te le dis, je fais tout ce que je peux et pour quelle gratification, je te le demande. Tu verras ce que tu verras. De la patience, j’en ai, mais faut pas attiger.

Elle se couche sur la banquette, la lumière baisse de plus en plus, elle se recouvre d’un plaid, on l’entend marmonner Darty, grand modèle…. ils livrent; le faire cuire…four ou cocotte ?…. hachis parmentier ?…. confettis…. immolation…requins…petits morceaux…cannibales…

Nuit noire et tout d’un coup, la sonnerie d’un réveil, elle se réveille brutalement. Lumières Il a disparu. Elle s’étire

Clin d’œil au public

– Bien sûr que c’est un rêve mais …gaffe, ce pourrait bien devenir une réalité. Je sais déjà où est la difficulté et ce qu’il ne faut pas faire… et si quelqu’un dans cette salle a d’autres idées, qu’il m’en fasse part discrètement, je lui en serais éternellement reconnaissante.

Petit meurtre de rien du tout

C’est comme ça, elle l’a tué ; il n’avait qu’à pas laisser traîner son fusil de chasse ; et chargé en plus, c’est dangereux n’est-ce-pas ?

Oh, il a eu le bon goût de s’écrouler, tout d’un coup comme si le sol s’était dérobé sous ses pieds. Pas de dernier regard ni stupéfait ni suppliant, donc, pas de culpabilité. Elle est devant le fait accompli un peu abasourdie ; oui, elle l’a trucidé et s’il y en a une de culpabilité, il ne faut pas chercher bien loin, ce ne peut qu’être la sienne, depuis longtemps elle n’est plus rien. Elle hoche la tête, écarquille les yeux, son cœur bat un peu plus vite que d’habitude, guère plus. Incident ; incident certes ennuyeux.  Une  question se pose : qu’en faire maintenant ? Le découper en petits morceaux, déjà que le dimanche,’avec un poulet bien rôti elle n’y arrive pas, alors une telle masse, n’y pensons pas et, en plus, il ne va pas l’aider, ça c’est sûr, une dernière vacherie ! Vraiment, jusqu’au bout du bout il…….  «  Jusqu’au bout du bout », c’est nul comme  « Au jour d’aujourd’hui »  il va falloir je veille à ma syntaxe surtout si un jour je décide d’écrire mes mémoires…

Mais revenons à nos moutons, problème il y a, il est là, allongé par terre, enfin pas vraiment allongé, il vaudrait mieux dire :en tas, c’est plus approprié. Qu’en faire ?

Autre problème, encore plus embêtant et difficile à résoudre celui-là, elle ne se fait aucune illusion : c’est le tapis, un tapis rapporté de Téhéran, une fortune. Ce ne doit pas être beau à voir derrière, derrière dans son dos. A dire vrai, elle est chanceuse, rien devant ; ce n’est pas que ce soit net, on voit bien qu’il y a quelque chose, comme une tâche bizarre. Du cambouis ? De la graisse de vidange ? Enfin un truc pas propre, noirâtre, sur le revers de sa veste. Hier, cela lui aurait demandé des efforts car, c’est sûr, elle se serait précipitée, aurait mis tout de suite de la terre de Sommières, frotté délicatement et le tour était joué. Aujourd’hui, non, il ne faut pas exagérer, il peut bien rester comme il est ; pas de complexe ; se donner du mal, pour qui ? Pour quelqu’un qui jamais n’a eu un mot gentil, un mot de remerciement alors que pendant toutes ces années elle ne s’est pas ménagée pour lui ; toujours à ses petits soins. Il trouvait normal, le matin, que son costume soit propre, repassé, l’attendant au sortir de sa douche sur le valet ; chemise, cravate, chaussettes assorties au pied du lit. Eh bien c’est fini, elle s’en fout maintenant, s’en contre-fout, il ne ressemble plus à rien et alors ? Il n’ira plus voir sa pute, autant de gagné ! Je dis ça, pas sûr qu’il en ait une, je vais même plus loin : rien n’est moins sûr mais j’aime bien l’idée. La jalousie, c’est la passion, c’est l’aveuglement, la folie, l’exaltation, la frénésie, l’extase, le délire enfin bref la vie. La vie telle qu’elle la voulait, l’espérait.

Ça a fait du bruit, c’est certain, mais pas tant que cela. Elle aurait cru plus ; faut dire qu’elle n’a pas exagéré et que, là-aussi, elle a été bonne ; une fois, elle n’a tiré qu’une seule fois et ça a été le jackpot ! Gagné du premier coup alors que d’ordinaire elle est si maladroite. Enfin c’est ce qu’il dit, c’est ce qu’il disait.. Il faut vraiment qu’elle s’habitue, il ne sera plus là pour la critiquer. Et si ça lui manquait ? Ce serait un comble ! Non, aucun risque mais elle sent que cela ne va pas être si facile que ça de vivre sans lui. Cela l’ennuie un peu, elle fait la grimace, hoche la tête, se dit qu’elle s’inscrira sur Meetic et que des emmerdeurs elle en trouvera toujours à la pelle.

Aucun voisin ne s’est pointé. Personne ne se connaît, ne se fréquente, c’est le mal du siècle. Ce qui se passe chez les autres quand on ne les connaît pas, c’est normal qu’ils n’en aient rien à faire. Ils sont pourtant six propriétaires ou locataires, car les Boulard quand ils sont partis à Shanghai ont loué leur appartement à des gens discrets, il faut le dire, pas un mot plus haut que l’autre. On ne les voit pas, on ne les entend pas. Pourquoi seraient-ils venus aux nouvelles ; aux nouvelles de quoi?  de qui?  tout le monde va bien, juste, il y a un mort, un seul, donc plus rien à faire pour lui. Ce n’est pas qu’elle n’aimerait pas un coup de main mais c’est délicat comme entrée en matière. « Cher voisin, j’ai besoin d’un tire-bouchon, je ne retrouve plus le mien, passe encore ! Mais, prenez des gants, le sang ça tâche, et c’est très difficile à retirer », c’est, convenons en, certes plus original mais aussi plus sujet à caution. Car, il y en a qui « craignent » alors si, en plus, il faut se tartiner les vivants, filer des claques à ceux qui tournent de l’œil, voire avoir à faire du bouche à bouche, beurk en plein milieu d’après-midi, s’ils ont mangé des escargots, c’est répugnant..

Oublions, je ferai toute seule..

Le claquement, s’il n’a pas été si fort que ça, lui a quand même démoli l’oreille droite. Dommage collatéral. Ennuyeux. Elle se masse, c’est vraiment désagréable cette sensation, aux limites de la douleur. Quand on sait qu’il faut compter au moins deux mois pour un rendez-vous chez l’ORL, ce n’est vraiment pas de chance. Les urgences ? Attendre des heures ? Il n’en est pas question, demain peut-être si les choses ne s’arrangent pas.

Elle se dandine d’un pied sur l’autre, signe qui ne trompe pas, la solution au problème est compliquée d’autant plus que le tapis lui aussi, c’est un tracas à venir. C’est qu’il est grand. Aura t-elle la force de le rouler et de l’emporter au 5 à sec ? Pas sûr ; pas sûr non plus qu’il entre dans sa Clio. Le faire nettoyer sur place ? C’est une fortune. Vraiment rien ne va plus aujourd’hui.

Drôle d’odeur. Elle va ouvrir la fenêtre, grand soleil et bonne nouvelle: dans les jardinières, les crocus percent, le printemps est bientôt là.

– Avant toute chose, un petit café et pourquoi pas quelques cerises à l’eau de vie, ce n’est pas tous les jours fête  dit-elle en s’étirant.

Il ne faut quand même pas traîner, c’est un principe que lui a inculqué son grand-père  -Ma fille ne remet pas à demain ce que tu peux faire le jour même. Tout le monde le connaît ce dicton et que font-ils ces crétins, tous ces feignants, ces assistés ?  Après moi le déluge ! Si c’est pas demain, ce sera un autre jour ! Voilà ce qu’ils répondent et lui, le premier, ne se gênait pas. «  Tu ne l’emporteras pas dans la tombe ton eau de javel.. » eh bien, il n’est pas plus avancé maintenant. Il va y aller dans sa tombe, en costard tâché ; ce n’est quand même pas une tenue pour se présenter devant l’Éternel ? Bien fait pour lui. Ce sont toutes ces petites choses qui, bout à bout, lui ont été fatales.

Le café est un peu trop fort, je n’aurais pas dû se dit-elle, je vais encore mal dormir cette nuit et puis cette … chose qui traîne là, par terre, qu’en faire ?

Elle s’assoie, coudes sur ta table, elle se prend la tête entre les mains, entoure entre ses doigts une mèche, quelques cheveux qui se sont échappés, et l’entortille plusieurs fois. « A tout problème sa solution, ne pas se laisser aller surtout que je ne dois pas être la première à qui cette aventure arrive ». Faut dire la vérité, c’est qu’elle en a connu et plus d’une qui le disaient haut et fort : je le tuerai  si…  alors là, tous les prétextes étaient bons ! Chacune ses petites fantaisies. Peu importe, elle, elle l’a fait, quelle femme mais quel problème aussi !

Internet, suis-je bête, (Il n’avait pas vraiment tort), comment n’y ai-je pas pensé plutôt ?

Elle trouve vite quelque chose, quelque chose qui la rassure immédiatement : le Top 10 des astuces pour faire disparaître un corps. Elle le parcourt rapidement; pas si facile et c’est bien sa revanche, ah il l’a bien eue car s’il avait accepté d’aller vivre à la campagne, c’eut été beaucoup plus simple. Non Monsieur disait qu’il s’y ennuierait, que rien n’est plus beau que Paris, qu’il suffit de sortir de chez soi, que tout est là, à portée de main sauf que, sauf que maintenant qu’on y est et, en plus dans un appartement, elle  doit éliminer d’entrée de jeu la méthode pH < 7 des bidons d’acide, impensable, elle a trop mal au dos pour les monter, c’est qu’il en faudrait beaucoup pour remplir la baignoire ; impossible aussi d’ utiliser la méthode porcine N°1 la méthode feu de camp N°2 ; pas besoin de donner des détails, et pourtant c’est simple, naturel, ecolo ! la méthode Homme à la mer n’est pas mieux adaptée (la campagne c’était non, la bretagne 10 fois non… Vraiment mauvais esprit). La 4em méthode a des avantages, elle s’appelle « Faut pas tout gâcher ».  On le met dans le congélo et au fil du temps on retire ce qui peut servir. Le problème, c’est que la déco de son appartement est très classique et qu’un tibia en pied de lampe ferait tâche. De plus, son congélateur est trop petit, elle ne sait pas si Darty peut la livrer rapidement, il reste de plus le problème de la place qui est loin d’être résolu. On oublie aussi. Que reste t-il ? La souterraine. La cave est bétonnée et puis c’est trop dur, travail de forçat, des courbatures pendant 8 jours et quoi encore ! La 9eme ? ils ne sont pas sérieux sur ce site, fabriquer et envoyer dans l’espace une fusée avec son bonhomme à bord…faut pas rire avec ça, je vais leur écrire. Déjà les meubles IKEA, j’ai besoin d’une aide alors la notice pour ce genre de choses, je dis pas et puis, ce n’est pas solide, les choses qu’on vous livre en kit, il faut toujours se méfier. Des fois qu’il manquerait un boulon, qu’est-ce que tu fais?  En plus, avec des délais de livraison imprévisibles. A éliminer.

Dieu soit loué, il en reste deux, entre lesquelles son cœur balance et c’est pas peu dire. Finalement son gros, elle l’aimait bien, alors le garder en souvenir ? Construire une cloison, le mettre derrière, un p’tit oeilleton pour le surveiller et le tour est joué ou alors, ou alors, je vous le donne en 1000 l’empailler. Bien sûr ça demande du boulot mais si c’est réussi, wouah l’originalité… C’est ce qu’ils appellent la Méthode nostalgique. On a du cœur ou on n’en a pas… Faut que je réfléchisse !

Tout cela, elle ne s’y est pas préparée, c’est d’un fatigant ! Rien ne presse, il est encore chaud…

Un cinoche, une saucisse frites et un verre de Bourgogne, il sera toujours temps…

La douleur du mot

M’asseoir devant ma fenêtre, ne pas me laisser distraire, jeter furtivement un vague coup d’œil à l’extérieur, tout est en place, rien n’a changé ; seules quelques feuilles du platane ont du encore tomber cette nuit, l’arbre semble plus squelettique qu’hier et laisse deviner ses moignons ; coupes assassines, que serait-il si personne jamais ne l’avait amputé ?

Prendre une feuille de papier, chercher le premier mot, l’écrire puis l’effacer car un autre s’est imposé ; pourquoi lui ? Un autre encore qui s’accroche au premier. Opération survie. Il le sait le mot, il le pressent que d’un seul coup de crayon, il peut ne plus exister, ne laisser aucune trace, fût-elle éphémère. L’eau a une mémoire, le mot n’en a pas, pas plus que les paroles jetées dans le vent.

Absurdité de la chose, pourquoi vouloir les choisir, en retenir quelques uns, les tisser en phrases, les écrire, prisonniers à jamais de pleins et de déliés. Épinglés alors comme des papillons dans une boite, ils tomberont en poussière au fil du temps ; pour certains au fil de l’instant, pour d’autres au fil d’une vie. Quelques-uns survivent et se transmettent de génération en génération ; héritage du passé dit-on qu’il faut préserver à toute force, conserver, mais qui, ne nous leurrons pas, rejoindra le rien. Le rien initial et le rien final.

Écrire est d’une incroyable violence ; un enchaînement inextricable d’idées à démêler, développer ou synthétiser et qui glissent entre les mains, entre les lignes. S’obliger alors à se concentrer, à faire des plans, à aligner des paragraphes avec des grands A, puis des B et ne jamais arriver beaucoup plus loin car l’édifice s’est déjà écroulé. Pourquoi le D est-il avant le F ; tout compte fait, n’aurait-il pas mieux valu commencer par C, miroir aux alouettes dont on ne peut se détacher.

Et puis, les chemins tout d’un coup se croisent ; l’un mène directement, sans ménagement vers le vide, le blanc, l’indicible et redoutée réalité du moment : rien, il n’y a plus l’ombre d’une inspiration, l’hébétement complet, la sidération par le vide ou, et c’est le miracle, il y a l’ébauche, le commencement qui enfin satisfait que l’on relit le sourire aux lèvres. Le sourire ne dure pas car le doute à nouveau ronge à petites dents pointus le peu crée, entreprise de sapement, le mot est contesté, l’idée mise en doute. Il faut alors s’imposer de passer outre car il reste le souvenir du contentement. Éclair fugace certes mais qui a laissé sa marque  et la marche reprend vers une issue à peine entrevue, comme une terre promise. Terre qui, comme la ligne de l’horizon, s’échappe à chaque pas.

Pourquoi s’obstiner, pourquoi ne pas accepter d’être seulement dans la contemplation de cette incroyable, de cette extraordinaire construction qu’est la vie. Ce serait tellement plus… mais non, illusion, ce ne doit pas être si facile de se retirer du monde, de soi, pour n’entrer que dans la beauté des choses.

Où sont les autres ? les amis, les amis des amis dont j’ai tant besoin dans le silence de ma petite chambre, le crayon à la main, où sont-ils ceux à qui je voudrais donner en cadeau cette guirlande de mots que je m’obstine à ordonner ?

Demain est un autre jour ; peut-être que demain….

Jeanne au château

Cette histoire est autobiographique et ce, dans les moindres détails. Je vais m’attacher à ne vous narrer que la vérité ce qui, vous le savez, est « la » difficulté. La tentation est grande de rajouter un détail, de tricher un peu pour inciter au sourire, à l’indulgence, au pardon… Rien de tout cela ici ; je jure de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité !

Jeanne au château

-Madame, interdiction de poser le pied gauche par terre pendant 3 semaines ; pour ce qui est du droit, en cas de nécessité absolue, vous pouvez prendre appui dessus quelques minutes ; mon assistante vous a retenu une place au Château XXX, c’est un centre de convalescence, il est à quelques kilomètres d’Aix. C’est un très bon établissement et vous n’avez pas le choix.

Va pour le château, ce sera l’occasion de lire, d’écrire, d’une parenthèse dans le temps d’autant plus que la plaquette qui m’en est donnée est alléchante. Il est niché dans un écran de verdure, cyprès, ciel bleu, un lieu sympathique de villégiature.

J’ai quitté Marseille, la clinique XXX où j’ai été bichonnée par des infirmières plus charmantes et sexy les unes que les autres. Le kiné m’a initiée à l’usage de la botte orthopédique qui ne tient sa ressemblance aux sandales des Geishas que par sa semelle compensée. Les scratchs qui en assurent la fermeture se mêlent, s’entremêlent, s’accrochent les uns aux autres, se détachent dans des crépitements secs pour s’attacher illico à la couverture dont ils arrachent un duvet beigeasse qui les rends inutilisables. Ils pendent alors inutiles et lamentables…

Adieu donc à la jolie chambre bleue lavande, au dessus de lit en piqué blanc, au chirurgien à chemise en fleurs, au luxe discret !

Les brancardiers sont arrivés très en retard. Valises faites, je les attendais couchée comme la belle au bois dormant dans mon petit lit. Au prix de 1000 difficultés, j’avais mis une tenue appropriée ; nous sommes en janvier, la journée est particulièrement belle, pas un nuage, il doit néanmoins faire frais. Le ciel est lumineux. Je me suis maquillée, boucles d’oreilles, joli foulard, je vais au château et par là même me considère comme une invitée. Ce serait faire offense à mes hôtes d’arriver négligée, pire encore gisant lamentablement sous une couverture d’hôpital.

Légère déconvenue quand ils ont débarqué dans ma chambre. Ils n’avaient rien des jeunes chevaliers fringants dont je rêvais pour m’escorter au château. L’un, jeune, gringalet était couvert d’acné purulente dont émergeaient des poils épars. Quant à l’autre, c’était une femme. Ici, à Marseille, on aurait dit « une cagole » et c’est tout dire! 40 ans, blouse ouverte, gros seins boudinés sous un pull rose fluo à paillettes, le cheveu filasse, décoloré à mort depuis un certain temps… L’équipe infernale !

Maugréant contre tout, les embouteillages, les politiques qui sont tous des pourris, ils se sont emparé de moi, m’ont mis sur un brancard sans l’ombre d’un oreiller ou de quoi-que ce soit me permettant de voir autre chose que le ciel ou le plafond. C’est là que j’ai failli pour la première fois perdre la vie. L’ambulance était garée de l’autre côté de la rue. Forts de leur priorité absolue, ils l’ont traversée sans regarder ni à droite, ni à gauche, enfin, c’est ce que je suppose car je me suis retrouvée terrifiée à hauteur des pare-chocs d’une voiture dont je ne voyais pas le chauffeur ; par contre, j’ai entendu de frénétiques coups de klaxon, des rugissements et injures proférés puis très vite partagés. J’ai fermé les yeux recommandant mon âme à Dieu et il m’a entendue ! Comme quoi ! En effet ce n’était pas fini, mes accompagnateurs très en colère m’ont sans ménagement aucun propulsée dans l’ambulance ; le charmant jeune homme a pris le volant pendant que la belle hyper-oxydée, mâchant avec force son chewing-gum s’est assise à côté de moi. Au premier tour de roue, le concert de klaxons, précédé du crissement strident d’un coup de frein, a repris de plus bel ; il n’est pas besoin d’être devin pour en comprendre la cause : nous étions partis sur les chapeaux de roue, déboîtant de notre place de parking sans l’ombre d’un clignotant, vers ma nouvelle demeure qui aurait pu, convenons-en, être ma dernière !

Madame s’est emparée de Voici, s’est plongée dedans et commentait en marmonnant ce qu’elle lisait. Conduite mouvementée puis enfin l’autoroute, ce qui est nettement plus confortable pour moi qui, à part la belle, ne vois toujours rien, saucissonnée sur mon brancard.Tout d’un coup, des rires d’enfants envahissent l’habitacle. Elle se jette sur son portable et commence alors une conversation ponctuée de « Ah con, putain de con, c’est pas vrai, tu déconnes, j’y crois pas » et puis à nouveau des « putaings, oh putaings » ce n’est pas très instructif mais à dire vrai, cela rompt la monotonie du voyage ! De temps en temps, elle jette un coup d’œil qui n’a rien d’amène sur moi et je me garde bien de bouger d’un poil !

C’est comme cela, avec cet équipage, que nous arrivons au château. Pas de tourelles, pas de pont-levis, de donjon ou de remparts crénelés ; encore moins de serviteurs en livrées d’autant plus que nous passons par la porte de derrière et suivons un couloir grisâtre … J’ai juste le temps d’apercevoir un ensemble de bâtiments modernes, simples, épurés ; c’est rassurant.

Ils me détachent, m’attrapent sous les bras et me collent dans un fauteuil roulant devant la porte d’un bureau d’où sort une femme dont je n’ai plus aucun souvenir. Comme quoi la vie est mal faite: je me souviens dans le moindre détail de ceux qui m’ont maltraitée et pas de cette gentille dame qui m’a accueillie, conduite à ma chambre, à notre chambre car nous sommes deux. « Vraiment désolée mais il faut attendre quelques jours pour une chambre particulière ». Cela ne m’inquiète pas et pourtant…. Poussée par je ne sais qui, j’entre et dans l’instant me recroqueville d’effroi sur mon fauteuil ! La chambre est petite, très petite. Les deux lits sont séparés par une table de nuit. L’un est à côté de la fenêtre et, bonheur suprême, je vois qu’il est au cordeau, donc inoccupé, donc pour moi. Par contre, gît sur l’autre une masse informe qui de loin ressemble à un poulpe échoué .. deux petits yeux noirs enfouis dans la matière. La bouche est plutôt de style batracien avec une lèvre inférieure qui déborde considérablement, des bajoues pendantes de la même couleur un peu rousse que les quelques poils qui entourent sa tête. La bête se soulève pesamment, grogne, esquisse un sourire et aboie « Voulez un pain au chocolat ?» en m’en montrant un du menton qui traîne, depuis combien de temps (?), sur sa table de nuit. Gentille bête ! Elle se réaffale sur son lit ; seuls ses yeux continuent et continuent encore et toujours à me suivre !

Entre alors, d’un pas décidé, une jeune femme débordante d’énergie au large sourire. Une auréole de cheveux frisés autour de sa tête ; elle tient à la main un questionnaire sans savoir que depuis trois jours je donne forcément les mêmes réponses à tous ceux qui viennent remplir exactement le même avec moi. Elle, par contre, a une petite particularité : à chaque réponse, elle s’émerveille et rit comme un enfant en envoyant, de contentement, sa tête en arrière.

-Avez-vous des allergies ? -Non -MA…GNI…FI…QUE

-Avez-vous un appareil dentaire ? (le rapport avec les pieds?) -Non -SUPER

-Avez-vous besoin d’aide pour aller … (Clin d’œil complice!) ? -Non -MERVEILLEUX

Elle me remet comme si c’était un trésor une petite fiole, baisse la voix et chuchote : « Un petit pipi, ce serait GENIAL, quand vous voudrez… » et elle m’abandonne là. Le poulpe inerte a l’œil ouvert. Je passe sur la visite du médecin qui n’avait hélas pas de chemise hawaïenne et qui m’a une fois de plus posé les mêmes questions auxquelles il en a rajouté quelques unes de son crû. -Êtes-vous triste ? – Comment est votre moral ? – Pensez-vous être en dépression ? – Avez-vous des problèmes, des choses qui vous font de la peine ? A bien chercher, je vais trouver ! Je suis super heureuse de n’être plus sur l’échelle de douleur qu’à 6/10, de me retrouver entourée que de personnes vaguement entre-aperçues boitillantes, claudicantes, d’un âge en général plus que respectable ; c’est qu’on fait les hanches, les genoux ici… Je suis heureuse d’apprendre le maniement du fauteuil roulant. Chose curieuse, il faut braquer à gauche quand on veut aller à droite et vice-versa; au début, ça surprend et est plein de surprise quant au résultat ! -Je suis heureuse, vous dis-je !

Le poulpe a un nom ; elle s’appelle Madame Persillé ! Nom clamé par tous ceux et celles qui entrent dans la chambre. – Bonjour Madame Persillé – Avez-vous bien dormi Madame Persillé ? – Levez-vous Madame Persillé – Faîtes un effort Madame Persillé – Retenez-vous Madame Persillé – Trop tard Madame Persillé – On va arranger ça Madame Persillé.

Cadeau aux entrants, ils prennent leur premier repas dans leur chambre. Je suis donc seule, enfin seule, face à ma pitance ; il est 6 heures, il fait déjà nuit ; la lumière tombant du plafonnier est glauque. Sur un plateau « pégueux » (collant pour les non-Marseillais) une sorte de bol rond en plastique couleur lie de vin, ressemblant à un mini pot de chambre dans lequel stagne un liquide brunâtre. Ce n’est pas très engageant mais à la guerre comme à la guerre, ce n’est pas à moi qu’on va la faire, j’ai été scout, je relève le défi et approche mon nez . Odeur de mer… effluves de marée basse… ce doit être une soupe de poissons dont on aurait retiré le poisson. Pas l’ombre d’un croûton, pas une pincée de fromage râpé, pas la moindre coupelle de rouille. Je renonce et, encore motivée, ouvre l’autre boite, pas très engageante car vaguement translucide. Je soulève le couvercle blanc pisseux et découvre « le » plat. : une masse blanchâtre elle-aussi, craquelée, lunaire, deux monticules. Un coup de fourchette, tout s’y colle; je devine toutefois que ce sont des œufs durs recouverts, il n’y a plus à en douter maintenant, d’une béchamel. L’ensemble a dû être préparé il y a longtemps, très longtemps et s’est bien aggloméré, trop bien peut-être ! Je tente l’aventure du bout des lèvres, c’est froid, gluant… beurk !

Pas le temps de m’apitoyer sur mon sort, la porte s’ouvre et bonheur des bonheurs ma fille surgit ainsi que mon petit-fils ! C’est la vie ! C’est la joie ! Les effusions, les baisers. Pas trop cependant, le poulpe est de retour, soutenue par une infirmière, elle tombe sur son lit et tente, sans succès, de se recouvrir de sa couverture non sans avoir jeté un regard aigu sur les visiteurs et jeté un « Tiens, voilà le Père Noël ». Quelle exagération ! Jules estomaqué ne lui ressemble en rien sauf peut-être la capuche ! Craignant quand même que la vision de cet être roulé en boule dans un jogging sans couleur bien définie, ni forme, de taille XXXXL, aux bourrelets de graisse débordants et dégoulinants là où autrefois il y avait une taille ne le frappe, nous sommes sortis et allés découvrir le Château dont je ne connaissais qu’une seule chose : ma chambre. Dieu, une fois de plus, m’a secourue ! J’avais survécu à tout… j’ai survécu à Jules qui, malgré mes piaillements, m’a initiée à la conduite sportive. – Ouah trop chouette ce fauteuil, tu vas super vite Mamie ! Galop dans les couloirs, démarrage en trombe, freinage… mon initiation a été rapide et complète. S’il n’avait eu un affreux lapsus, tout aurait été parfait.   -La vieille Mamie (c’est ma mère) en a un, maintenant toi, ça fait deux générations à cercueils roulants ! No comment !

Les couloirs étaient déserts, l’heure des visites passée depuis longtemps, j’ai réintégré un peu tristounette ma chambre. Le poulpe avait été mis en vêtements de nuit et gisait sous ses draps. Le poulpe m’attendait ! J’ai tenu le plus longtemps possible, devant la petite table, un livre à la main espérant vainement qu’elle s’endorme. Il a fallu me rendre à l’évidence, probablement excité par ce nouveau voisinage, le poulpe survivait, attentif, guettant mes moindres mouvements. Alors, il m’a bien fallu agir. J’ai filé à la salle de bain. Le mot « filer » ne convient absolument pas mais vous avez compris. Notre vie commune ne faisant que commencer, j’ai tenté quelques mots, quelques questions auxquels elle ne répondit que par des onomatopées. Je glissai le fauteuil roulant entre nos deux lits et eus le malheur de lui dire : – Je le mets là au cas où pendant la nuit… Elle ne me laissa pas achever ma phrase ; chose qui me semblait impossible quelques minutes auparavant, toute la masse se releva, elle bascula son corps en arrière, ouvrit grand les jambes, spectacle d’apocalypse…   -Non, non, faîtes comme moi. Des couches… on les remplit, on est tranquilles, ils vous les changent le matin. Devant mes dénégations, elle s’est un peu renfrognée, s’est remise en chien de fusil sur le côté, a rabattu sa couverture sur elle et a continué à me fixer. L’infirmière de nuit est arrivée, a éteint la lumière du côté de ma cothurne et a tiré le rideau qui devait nous séparer. Qu’avait-elle fait là ! Hurlement ! Le poulpe se dressa, me montra du doigt -Ne touchez pas au rideau, je veux LA VOIR ; puis retomba sur sa couche. L’infirmière a t-elle vu à ce moment-là ma prunelle s’assombrir et commencer à lancer des éclairs ? Je ne sais pas. Je ne peux que constater, elle a été remarquable ; elle a attendu une bonne minute puis doucement a commencé à tirer le rideau, s’est penchée vers elle, a recommencé et regagné encore quelques centimètres et j’ai entendu – Voyons Madame Persillé, soyez raisonnable, votre voisine a besoin d’un peu d’intimité. Nous avons négocié, le rideau n’est pas complètement fermé, elle voit mes pieds, je vois les siens… Nuit pas terrible qui a failli mal finir ! Reconnaissez qu’elle n’avait pas trop bien commencé… A cause de cette foutue botte que momentanément je dois garder jour et nuit, je ne peux dormir que sur le dos, m’étouffe, et émets des ronflements si sonores qu’ils me réveillent ! Il est deux heures du matin. Je n’ose pas allumer la lumière craignant de réveiller le poulpe et, à dire vrai, un début de sinistrose s’empare de moi ! Le temps ne s’écoule pas et les pires idées me passent dans la tête quand…encore intervention du Très Haut, l’infirmière de nuit, faisant sa ronde, passe la tête. Je me dresse, lui fait signe, attrape lunettes, livres, papier et avec son aide, sors de notre chambre en catimini.

Ce n’est plus le château de la belle dormante mais la belle dans le château endormi. Pas un bruit, des couloirs qui me semblent d’une longueur infinie, de lumières tamisées, bleues pour la plupart, un petit salon, une lampe, une vraie lampe. Enfin bien ! Le silence est total. C’est presque irréel ; j’écris, j’écris pour conjurer, pour oublier, pour …je ne sais pas pourquoi, ni pour qui mais il me faut raconter mes malheurs ; c’est ne pas compter sur la nature qui se rappelle à moi ! L’infirmière est partie depuis longtemps et n’a pas réapparu, il va falloir que je me débrouille toute seule. Je pars sur mon fauteuil roulant en exploration me rappelant qu’en bas, dans le hall, il y a des toilettes. L’ascenseur appelé monte et son doux ronron me paraît assourdissant. Tout s’est transformé : la réception, le hall d’entrée, les salons, les couloirs tout semble gigantesque, démesuré. Je trouve l’endroit. Au cas où vous l’auriez oublié, je ne suis pas un homme qui, sifflotant, appuyé sur un mur, peut opérer facilement. Faire pipi dans un petit tube (rappelez-vous c’était une obligation), en équilibre sur un pied, la chemise de nuit entre les dents, quand on est du sexe faible est un exploit ! Et je ne vous parle pas de la dernière petite goutte, de la feuille de papier à attraper et, si possible, à utiliser ! Cet exploit, je l’ai réalisé! Il reste une complication : entrer dans les toilettes avec un fauteuil roulant ? Fastoche ! En sortir ? Plus hasardeux ; il y a un demi-tour à faire qui, pour la novice que j’étais, m’a posé problème.

Je croyais le pire passé…que nenni… au sortir…horreur je ne me rappelais plus ni de l’étage, ni de mon numéro de chambre, ni et, c’était bien pire, du couloir par lequel j’étais venue ; or, le bâtiment est en étoile ! Labyrinthe infernal, pas un chat ! Kafka !J’imagine les pompier appelés, lancés à ma recherche et l’unité d’Alzheimer dans laquelle on ne manquera pas de m’envoyer. Je prie Sainte Rita, patronne des causes perdues et Saint Antoine de Padoue, il m’aide régulièrement à retrouver mes clés, mes papiers…peut-être pourra t-il me donner un petit coup de main pour regagner mon sweet-home ! Et le Miracle…

Le deuxième jour m’a, lui aussi, réservé quelques surprises.Bien avant le chant du coq, à 6H10 exactement, la porte s’ouvre, les lumières du plafonnier s’allument – Votre piqûre Madame Sialelli. Je ne sais pas pourquoi, cela ne m’a pas mise de très bonne humeur d’autant plus que dans la foulée une autre aide-soignante est entrée -Madame Persillé, grande toilette aujourd’hui, vous allez en consultation.  Le poulpe émerge, -Avec qui ? – Pas avec le plombier pardi ! Suivi d’un seul éclat de rire, celui de l’imbécile qui trouvait sa blague très drôle. Le rideau est tiré, je ne perds rien du dialogue, des odeurs, des grondements, des interjections et, bercée, tente de me rendormir doucettement ! Eh non, il y a eu la cérémonie du thermomètre, le petit déjeuner, la femme de service et pour finir Mme Persillé emmenée par deux costauds, il fallait bien ça ! Il n’est qu’ 11 heures du matin ! C’est l’heure bientôt du déjeuner, je suis invitée à aller dans la salle à manger qui est au rez-de-chaussée ; prudente, je pars avec un peu d’avance ; je ne suis pas encore une grande experte du maniement du fauteuil roulant ! Bien m’en a pris, je n’étais pas la seule aux ascenseurs… petit sourire à droite, petit sourire à gauche et fou-rire complet, inextinguible quand je suis arrivée en bas. Les portes de la salle à manger n’étaient pas encore ouvertes, je vois une file ininterrompue de fauteuils roulants à la queue leu leu et un nombre incalculable de crâne chauves ou fortement dégarnis, houppettes, petites couronnes blanches, frisettes serrées dépassant des dossiers… le tout encadré par deux colonnes de personnes claudiquant, arqueboutées sur des cannes anglaises, courbées en deux, en pantoufles et peignoirs pour certains! Gênée par ce rire que je n’arrive pas à contenir, je tente de me concentrer ; toujours en fauteuil roulant, je m’approche alors de deux messieurs très dignes qui roue contre roue conversent et entends :  « Vous avez changé de modèle. Celui-ci est-il plus rapide ? » Ça n’a pas arrangé les choses !

Au restaurant, chacun a sa place attitrée ; le poulpe est loin ; je ne la vois pas ! Récréation…Elle ne me voit pas et fulmine ! C’est comme ça, nous ne décidons pas ; gare à celui qui tenterait de changer de place ou pire encore, qui piquerait le pain de l’autre. Il n’y a que deux thèmes de conversation : le menu : celui du jour, celui d’hier, celui que nous aimerions et les maux dont chacun souffre. Nouvelle, rien ne m’est épargné ! Je sais très vite tout de l’état de santé de chacun dont je vous épargne les détails ! Pour étonner, pour retenir l’attention, certains y vont fort et n’hésitent pas à raconter n’importe quoi : Le kiné, faîtes attention au kiné c’est une brute, il est… il est…. (œil égrillard et petit doigt en l’air!) alors vous comprenez les femmes, il les aime pas ! – Ah (là, grand silence) c’est le Docteur Untel qui vous a opérée (à nouveau grand silence) je ne devrais pas vous le dire mais on m’a dit que….

Je m’y suis quand même fait quelques amis grâce à mes belles-sœurs chéries qui se sont invitées à notre table ayant caché dans leur sac, car c’est interdit, une bonne bouteille de côte du Rhône ! Il n’y a rien de tel pour créer du lien ! Hélas dans un grand élan de générosité, elles m’avaient apporté aussi le Nouvel Obs. Grand titre :  « Morts sur ordonnance » Supplément : « Régime sans sexe » Tout un programme ! Ceci est heureusement contrebalancé par le roman dont je finis la lecture : La vie est brève et le désir sans fin !

La soirée n’a pas vraiment été différente de celle de la veille à une exception près et j’en finirai par là car elle est de taille : le poulpe a reçu un appel téléphonique de son mari. Il ne vient pas, on le comprend ! le plus drôle et je jure que c’est vrai, c’est ce que j’ai entendu…hurlant à pleins poumons, elle demandait des nouvelles de tous : -Comment va le gros Kiki ? Et la petite Zezette ?

Moralité : ne vous faîtes opérer que d’un pied à la fois…

Mieux vaut un mot vrai que de grands discours. On cache beaucoup de choses derrière des flots de paroles : peur, émotions, sentiments et même… sa nullité!

Marcher sans repère, mais marcher coûte que coûte.