Petit meurtre de rien du tout

Petit meurtre de rien du tout

1 seul personnage Jeanne, la quarantaine, un peu décalée…

Acte 1

Le rideau s’ouvre, un coup de feu, Jeanne apparaît, complètement éberluée, on voit les pieds d’un homme couché à terre dépasser.

Jeanne un revolver à la main

Ah bien ça alors, comment ça marche ces machins là ? Je n’y crois pas, je l’ai eu du premier coup et lui qui disait que j’étais maladroite. Un coup, un seul coup et…pfuitt y’a plus personne. Il est là….mort…non mais ce n’est pas possible ! … et si, pas de doute ; mais quelle idée, non mais quelle idée a t-il eue de laisser traîner ce truc? Y’a que lui pour faire des conneries pareilles. C’est que ç’aurait pu être dangereux, des enfants ça ramassent tout, ils jouent aux gendarmes et aux voleurs, c’est bien connu. Heureusement, il n’y en a jamais chez nous ; les enfants nous, on n’aime pas ça.

Un désastre, on a quand même évité un désastre.

Elle tourne et vire

Non mais j’y crois pas ; non, j’y crois pas. Encore une de ses plaisanteries à la con et moi qui marche, comme toujours, pauvre idiote.

De loin

Allez, ne me la fais pas, pas drôle du tout ; les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, t’as gagné, je me suis fait avoir. En aparté : Le crétin, oh la trouille ! j’ai une de ces soifs maintenant, la réaction !

Elle sort, en revenant un grand verre à la main,

C’est que j’ai du boulot, moi, fichue journée, j’ai promis à ta mère de passer, quelle corvée, non mais quelle corvée, pourquoi je me suis laissée embarquer là-dedans ? Trop gentille, vraiment trop gentille je suis, ça frise la bêtise car c’est moi qui lui ai dit que je viendrai l’aider. Elle ne me demandait rien. Trop fière !

Des confitures ? Elle ne peut pas acheter du Bonne Maman comme tout le monde ? Enfin, ce qui est dit est dit, j’y vais. Au public la confiture on s’en fiche, c’est le rapport avec leurs fils qui est le véritable problème, celui qui nous oppose aux belles-mères ; en fait, il faudrait une génération spontanée de maris. Déjà qu’ils sont difficiles à supporter mais en plus, là, juste derrière, elles te les manipulent, c’est rien de le dire.

Des petits garçons, ils restent des petits garçons qui attendent toujours bouche bée la bénédiction maternelle,

« Oui mon petit, écoute ta femme elle a raison » ça, c’était au début de notre mariage, c’était comme s’il demandait la permission ; la garce, qu’est-ce que je pouvais faire ou dire ? Mais bien vite elle a changé le refrain de la chanson : « Elle est gentille Jeanne mais… » et après le « mais » , croyez-moi il y ‘avait à prendre et à laisser ! Enfin, et on y est maintenant, c’est la guerre ouverte « T’aurais jamais dû mon petit épouser une femme comme elle ; elle ne te comprend pas, elle te convient pas, il y aura toujours de la place pour toi à la maison » et là, écoutez bien, c’est le must, l’hypocrisie qui devient du grand art « Au cas où, et je ne le souhaite pas, ce deviendrait nécessaire »

Bon, j’y vais, t’as besoin de rien ? Soupe de poireaux ce soir, je m’arrêterai prendre un peu de jambon cru et de fromage, encore que le fromage, le soir, ce n’est pas recommandé, tous les régimes le disent ; tu te charges du pain ?

Elle prend son sac, se regarde dans la glace, range une ou deux choses et se dirige vers la chambre, elle voit les pieds, fronce les sourcils,

Ben non… pas possible…

Elle souffle… avance à petits pas…lui donne un petit coup de pied

Arrête, c’est plus drôle, ça ne me fait pas rire

Elle recule, s’avance à nouveau, recule

oh merdouille, de merdouille, de merde, manquait plus que ça ! Il me les aura toutes faites. C’est pourtant vrai qu’il est….

Qu’il est mort… incroyable : y’a 5 minutes, frais comme un gardon et là… faut que je me fasse à l’évidence plus mort que moi.

C’est que ça change tout. Bonne chose, solide argument, je ne vais pas voir l’autre, elle attendra.

Je suis quand même dans la…. Faut que je me sorte de là ; réfléchissons… Ce n’est pas le moment d’en rajouter, il faut prendre les bonnes décisions.

Elle s’assoit sur la banquette et a un petit hoquet

Ce hachis parmentier ! J’avais l’intuition qu’il ne passerait pas, eh bien j’ai eu raison. Ils mettent n’importe quoi dedans. Pas de doute, il n’y a rien de mieux et de meilleur que le fait maison.

Elle regarde dans sa direction

C’est toujours ce que j’tai… , elle se reprend, au public : c’est ce que je lui ai dit. Il ne m’a pas écoutée. Enfin maintenant, il s’en fout ; lui mais moi, ça gargouille là-dedans. Un oxyboldine et c’est fini.

Elle se lève, va prendre dans un tiroir un tube, en sort un comprimé qu’elle met dans le reste de son verre d’eau Une chance ce truc et bien sûr pas remboursé par la Sécurité Sociale. On se demande bien qui décide, croyez-moi, il y a collusion, les labos et les pharmaciens, ils s’entendent pour vous vendre à prix d’or leur marchandise qui n’arrive pas à la cheville de « ça » elle montre le tube qu’est vieux comme le monde.

Bon, c’est pas tout, qu’est-ce que j’en fais ? Il me laisse dans une de ces panades ; c’est bien lui, se tirer quand ça sent le roussi. « Démerde-toi ma vieille »

Pas facile quand même. J’irais bien au commissariat si on ne s’était pas engueulé comme des chiffonniers hier soir, à tel point que les voisins sont montés, pile poil au moment où je disais « Si j’avais de quoi, je te la casserais ta gueule de merde, j’te l’éparpillerais en confettis. » Oui, je crois que j’ai dit ça ; un peu vulgaire j’en conviens mais pour les puristes : une citation, une vraie et drôle en plus de ça. Pur hasard, la 4 a passé les « Tontons flingueurs » jeudi dernier. J’ai bien aimé l’idée des confettis, ça fait fête.. mais revenons-en au commissariat. C’est qu’il n’est pas près et qu’on fait toujours la queue. En plus : ils me croiront, ils me croiront pas… je prends-là un sacré risque. La garde à vue, très peu pour moi, on ne sait jamais sur qui on tombe, c’est qu’il y en a des gentils mais il y a aussi des brutes. Dans les séries policières, ils font avouer n’importe quoi à n’importe qui. Et la prison ? Quitter son petit intérieur douillet…les rats, la mal bouffe et les autres, car l’enfer, c’est les autres. Les autres qu’on ne connaît pas, qu’on n’a pas choisi pour «  ami ». Exclu, c’est exclu.

La faute est quand même partagée ; qui c’est qu’a laissé traîner son revolver et chargé en plus ?

Qui dit… Qui dit qu’il n’avait pas une idée derrière la tête et que je pourrais bien, à cette heure, être roulée, toute seule, abandonnée, froide, dans le tapis. Ce serait alors de la légitime défense. Monsieur le commissaire, croyez-moi, c’est au nom du principe de précaution que … pan dans le 1000 !

N’y pensons plus, ils ne sont pas futés et ne comprendront rien, il leur faut des faits, rien que des faits et là, je suis mal placée.

C’est quand même une idée, une bonne idée mais… il faudrait alors être convaincante, trouver les mots, les bons mots ; ce n’est pas mon fort. Sur le moment, comme je suis timide, rien ne vient, on dirait un triton hors de l’eau, c’est après que je me dis « Jeanne t’aurais du dire ci et ça » mais c’est trop tard.

Tiens, l’autre jour, chez le docteur Roux, il a dit «41 ans, Madame Foissy, si vous voulez des enfants, il va falloir vous y mettre » . D’abord de quoi je me mêle ? Je n’ai pas répondu, alors il a continué sur les cycles et patati et patata. Y’en a eu pour un bon 1/4 d’heure car il a enchaîné sur les risques des grossesses tardives ; il manquerait plus que ça, un mongolito dans la famille. Et bien, c’est après, sur le chemin du retour, que je me suis dit que j’aurais pu échapper à tout cela. Il suffisait de 3 mots mais, pas une minute, j’ai pensé à lui dire que j’avais un stérilet et qu’en plus, par précaution, je prenais la pilule…

C’est vrai, je n’ai pas la répartie facile.

Bon, tout ça ne règle pas mon problème. Qu’est-ce que j’en fais ?

Ah ça pour m’en faire voir, il m’en aura fait voir. Pas une qu’il a loupée mais je m’en sortirai quand même, le tout est d’avoir un peu d’imagination.

Pas de panique, voyons les choses tranquillement. J’ai…J’ai 2 jours, 3 si je le laisse dans la chambre, fenêtre ouverte, c’est qu’il fait froid, surtout la nuit. Mais moi, où je vais dormir ? La banquette n’est pas confortable et si ne peux pas m’étirer, autant dire que je ne peux pas me reposer.

Tête froide il faut garder certes, mais bonne santé quand même et tout repose sur moi, comme d’habitude.

A lui

T’es vraiment pas sympa ! Jusqu’au dernier moment ! Jamais, non jamais tu ne penserais à moi, ne serait-ce qu’un instant ! Tu t’es vu ?

Elle va vers lui le tire par les pieds, il est en partie sur scène. Elle se penche vers lui.

Une chance, on voit quasiment rien par là, juste un petit trou, ça se raccommode.

Suis-je bête ! Eh bien tu le garderas comme ça, ton veston. Les morts, on les met dans leurs habits du dimanche et ben toi, t’auras ton trou. En mettant la cravate dessus ? Non, ça n’arrange rien, du coup elle est de travers, c’est encore plus moche.

Bon, c’est un détail.

C’est quand même fort de café. Rien, pas de dommages collatéraux, et il est mort… c’est vraiment pas de chance à moins que, à moins que… elle le soulève légèrement et regarde dessous C‘est bien ce que je pensais, tu ne fais rien à moitié, un désastre. Toute cette hémoglobine sur le tapis. Et c’est le tapis qu’on a rapporté de Téhéran, celui auquel je tenais comme à la prunelle de mes yeux.

Pire qu’un désastre, une conspiration contre moi, mon tapis, mon Dieu mon tapis…

Elle a l’air pour la première fois complètement abattue.

Mon tapis …et dire qu’il m’avait coûté un bras ! Une fortune ! Mon tapis…

A lui Ah merci, t’as bien fait les choses.

Bon ; il n’y en a qu’une qui peut nous sortir de là.

Elle va chercher son portable, compose un numéro, s’assied en regardant vers son mari.

Allo, Allo c’est toi Véro ? C’est bien toi ?

Bien sûr que je t’ai reconnue mais aujourd’hui j’ai la tête à l’envers et toi, ça va ?

Wouah ! Raconte, c’est trop drôle

.

Quoi ? Il a osé te dire ça ! Et qu’est-ce que t’as répondu ?

Bien envoyé ! T’es champion ! Il ne ramènera plus sa fraise ! C’est comme le mien, attends que je te raconte …Véro l’interrompt

Ah bon, et combien ?

Pas cher, t’as raison ! Ça valait le coup, à propos de coup…. tu ne devineras jamais, tout à l’heure le coup est parti …à nouveau Véro l’interrompt

.

Ce serait pas de refus d’autant plus que j’en ai besoin. En dentelles noires, une guêpière à ce prix, il faut sauter dessus mais…Ce serait dans 2 ou 3 jours, je ne dis pas, j’assortirai avec la petite robe noire, mais aujourd’hui, impossible, non je ne peux pas venir.

……..

Jeanne éclate de rire, pleure de rire, se reprend…

Arrête, arrête un peu et maintenant écoute-moi. C’est important et urgentissime. Est-ce que tu sais comment nettoyer des taches de sang sur un tapis ?

..

Je te le dirai, promis, mais le plus important : tu sais ou tu ne sais pas ?

..

Mais non pas n’importe quel tapis, sur MON tapis, le tapis que j’ai rapporté de Téhéran et qui m’a coûté la peau des fesses

En laine bien sûr

.

Ça c’est une bonne idée. Attends je me mets dessus.

Elle se précipite sur son ordinateur

Ça rame, ça rame, c’est exaspérant. On devrait pouvoir débrancher toutes les connasses qui racontent leur vie sur facebook quand il y a des priorités, des vraies, tu ne trouves pas ? Écoute, je t’abandonne, je n’ai pas trois mains, on se rappelle, tu m’as sortie d’un fichu merdier.

On entend Vero raccrocher

Attends, attends j’ai qq chose d’autre à te demander.. Que faire d’un cadav…?

Bien ma veine, elle a raccroché.

Au public Elle est vraiment super Véro, c’est plus qu’une copine, une véritable amie, toujours là pour me secourir. Le problème tapis est résolu, il reste l’autre. La solution, je l’ai ! Google l’amie de la veuve et de l’orphelin ! Je m’y mets et on n’en parle plus.

Elle se remet sur l’ordi

Voyons…comment se débarrasser, non ce n’est pas sympa, comment faire disparaître un corps ?

Pan dans le 1000, encore !!!

Zut, je n’ai pas fini, il y en a des pages. C’est rassurant, je ne suis pas la seule ! J’imprime et on verra après.

Déjà que je n’aime pas lire, que j’ai loupé mon feuilleton ce matin et que pour mon tapis, c’est pas gagné ! La chance n’est vraiment pas avec moi aujourd’hui.

Allons-y ! Papier, les cartouches, ah oui les cartouches, c’est aussi d’actualité ! Je m’en passeais bien ! Je sélectionne et …. ce n’est pas vrai, je n’y crois pas, il y a vraiment des plaisantins partout Elle lit, Découpez le cadavre en morceaux. Si vous avez de la chance et que vous êtes en période de fête, emballez les morceaux dans des cadeaux, vous passerez alors inaperçu lors du transport. Allez au zoo le plus proche pour y jeter les morceaux de viande dans les enclos des animaux carnivores. Comme si je n’avais que ça à faire. On ne rit pas avec ces choses là, quand même. Bon, la suite Elle marmonne puis à voix distincte Je crois que j’ai trouvé « TOP 10 des astuces pour se débarrasser d’un corps », quel manque d’humanité ! J’imprime, je verrai après.

Continuons ouah c’est chaud là, ils n’y vont pas de main morte…comment faire disparaître un cadavre… C’est répugnant, « un cadavre », malsain, manque de sensibilité, je n’ouvre pas pour lire des horreurs qui risquent de me donner des cauchemars ; à d’autres.

Je continue, « De la persévérance ma fille » me disait ma grand-mère. Si elle me voyait elle serait vraiment fière de moi. D’autant plus, c’est un secret familial dont personne ne parle, jamais, un vrai secret : son mari….eh bien son mari …Papy, un jour, il a bel et bien disparu. Vous voyez ce que je veux dire ! C’est ce jour là, j’avais 10 ans, peut-être un peu moins que j’ai appris un mot compliqué : occis ; verbe du 3em groupe, à l’infinitif occire. Je ne sais plus si c’est papa qui l’a dit à maman ou le contraire, comme quoi la mémoire peut jouer des tours mais le « Cette fois-ci, elle l’a bel et bien occis » j’en suis sûre !

Bon, ce n’est le moment de remuer le passé, ce qui est fait est fait, on ne revient pas la-dessus. Elle faisait drôlement bien les beignets aux pommes, Mamie ; pour le reste….Chacun fait bien ce qu’il veut. Non ?

Elle continue à chercher sur internet

Encore un plaisantin. Non, c’est peut-être utile « Comment se débarrasser d’un corps au pied ? » Qui peut le plus, peut le moins…à voir si c’est vrai dans l’autre sens..on peut toujours espérer ; j’imprime, ça peut toujours servir !

Elle écarquille les yeux et se tape sur les cuisses

Wouah ! J’ai trouvé, enfin presque, mais pour une surprise, c’est une surprise…..


Acte 2

Un énorme paper-board, des post-it, des flèches en étoile avec au bout desquelles les mots :

pH <7 (acide) – homme à la mer – feu de camp – porcine – faut pas tout gâcher (récupération) – la souterraine – coucou mega surprise (???) – la nostalgique – Gravity.

Certains mots sont déjà barrés, à côté d’autres des annotations.

Elle, dans le canapé, plein de papiers autour d’elle ; elle baille et s’étire

– Je n’en peux plus, jamais on m’y reprendra, mon Dieu quel boulot et pourquoi ? Pour un geste malheureux, pour rien, et voilà que surgit the big problem : comment le faire disparaître ? Le transformer en homme invisible !

Cette affaire là, c’est comme toujours, il faut avoir les moyens ou faire partie d’association. Ça s’appelle l’injustice sociale ; « Selon que vous serez puissant ou misérable » ouais, je sais, tout a été dit sur le sujet, ils ne m’ont pas attendue, toujours est-il que si j’avais fait partie de la mafia ? Facile, 2 ou 3 costauds l’auraient déjà attrapé, balancé dans le coffre d’une voiture et coulé dans béton.

C’est pas très sympa de finir comme ça mais c’est propre, efficace.

Toute seule ? Comment je vais faire toute seule ? L’artisanat ne paye pas, je prends tous les risques et rien dit que je vais y arriver.

Elle se lève, se dirige vers le tableau, prend un feutre

Je n’ai pas le choix reprenons. Sur les 10 solution proposées, combien en reste -t’il? 4 Les autres ? Ce sont soit des incompétents plutôt des plaisantins ou des rigolos qui les suggèrent, comme si le sujet était drôle… vraiment des tarés

Elle se tourne vers le public

Jugez plutôt ; Gravity : louer un engin spatial et le basculer dans la stratosphère… y’a vraiment des gens qui n’ont rien à faire. Celle-ci, c’est pas mieux..les cochons... le donner à bouffer à des cochons, il ne faut pas rêver, où je les trouve, moi, les cochons dans ma banlieue ? A partir du moment où une solution n’est pas adaptable à toutes les situations, quel intérêt, je vous le demande, mais quel intérêt ? – du temps perdu, rien de plus.

Le feu ? L’écologie est passée par là, interdit même de brûler ses feuilles dans son jardin. Alors un corps… La co-pro serait en révolution …c’est pas du tout l’époque des barbecues ; les voisins débarqueraient, c’est sûr, curieux comme ils sont.

L’acide, j’y ai bien pensé, il reste toujours le même problème, où le trouver, combien de litres ; j’ai toujours été fâchée avec les chiffres ; les volumes, c’est pas mon truc alors s’il m’en reste des litres et des litres, qu’est-ce que j’en fais quand on sait que j’utilise moins d’une bouteille de destop par an. Et puis les émanations ? C’est que j’ai les bronches fragiles. Oublions !
Il ne reste pas grand chose ; j’ai déjà barré
l’homme à la mer, c’est fait.

Faut pas gâcher ? Le principe, c’est la récup. Ça aussi, ça sent l’écolo mais je n’ai pas de congelo assez grand et puis le manger, je ne trouve pas que ce soit très sain ; les 5 fruits et légumes par jour, c’est déjà une contrainte alors un régime carné à mon âge, steaks, pots au feu et tout le reste en non-stop pendant des mois, très peu pour moi. Se faire des meubles avec des tibias ou des abat-jour avec sa peau ? Regardez, il est douillet mon intérieur, plus besoin de rien et puis …Je ne trouve pas que ce soit très moral ; des personnes mal intentionnées, et il y en a plus qu’on ne pense, pourraient dire que c’est pour ça que je l’ai tué, et ce n’est pas vrai, c’est pour rien, ce qui est ridicule je le sais, mais c’est un fait, c’est pour rien. Je n’ai pas fini de le dire.

Alors il reste ? Il reste quoi ? Ah oui, la souterraine...Eh bien non, encore sa faute à croire qu’il l’avait fait exprès : on est les seuls ou presque de tout le quartier à avoir fait faire à la cave une dalle ciment. Si j’avais su, il y a encore 2 non 3 ans, c’était de la terre battue, tout aurait pu être possible, encore que…je ne suis pas très costaud alors creuser un trou sans se faire d’ampoules, improbable non ? Et se faire aider ? Dans ce cas là, ce n’est quand même pas facile…

Réfléchissons…Monter une cloison et le glisser Entre les murs, j’aime bien, j’aime bien l’idée mais où ? That is the question…

Elle se ballade dans la pièce

Le mieux serait…le mieux serait…pas facile…c’est que l’appart est petit. Ma chambre ? Exclu, c’est que je veux garder un peu d’intimité et le savoir là, tout le temps, on n’est pas loin du voyeurisme, pas de ça Lisette. Debout ce serait mieux et là, juste entre le mur et la fenêtre, un peu derrière le double rideau, extra !

Un ? Deux ? Trois avantages : il ne prend pas beaucoup de place, il garde la maison, ça me rassure et près de la fenêtre, il ne s’ennuie pas.

Alors on y va ! Mais comment le faire tenir droit ?

Elle se recroqueville à nouveau dans le canapé, ferme les yeux et tout d’un coup en jaillit, se précipitant sur le paper-board

Bien sûr, j’y suis ! Que j’ai pu être bête, tout est là et j’étais aveugle. Par contre, il me faut l’adresse. Voyons voir, voyons voir.

Elle se jette sur son ordi, marmonne puis à voix claire

J’ai trouvé, ça courre pas les rues, ah voila, un qui fait du grand format, c’est bien mais …zut, en banlieue ; RER et bus, la totale. Mais quand faut y aller, faut y aller.

Elle s’affaire, va chercher son manteau,

Quel jour on est ? Bon, on a la chance que ce soit ouvert, j’y cours. Pas le temps de faire les courses, la priorité, c’est lui…

Elle attrape son sac Fin du 2em acte.

3em acte

Jeanne entre, le jour tombe, elle allumer une lampe. Elle se jette sur le canapé, fait valdinguer dans la pièce ses chaussures, dévore un sanwich, se relève et se sert un whisky bien tassé

Je n’en peux plus…. Éreintée, je suis éreintée et lui qu’est là, à rien foutre ! Plus jamais, non plus jamais…Mais quelle journée… jamais, non jamais je n’aurais cru ça et puis, en prime, la malchance ; le coup de l’autobus, ah vraiment il n’y a pas de Bon dieu…je suis morte, archi-morte.

Elle se tourne vers lui

Si tu savais mon pauvre loup dans quelle galère je me suis fourrée. Et tout ça pour toi, une fois de plus. Ah elle était bonne l’idée de te mettre là, près de la fenêtre. Pour être bonne elle était bonne sauf que…il y a un sacré problème technique et pas des moindres, te faire tenir debout. Pourtant, tu aurais été si bien là, toi le chef, tu aurais continué à tout superviser, pour une fois silencieux et calme, ce qui m’arrangeait bien. T’emballe pas, mauvaise nouvelle, c’est apparemment très compliqué.

Au public

J’étais partie gagnante avec une idée de génie : le faire empailler. Il n’y a pas de quoi rire, une stature pareille, c’est du boulot et qui se le serait tapé ? Mezigue… sauf que…il m’a d’abord fallu trouver une société de taxidermie, c’est comme ça que ça s’appelle et la plus importante, du moins celle qui faisait le plus de pub dans les pages jaunes était à perpette les olivettes. 1H30 de trajet, métro, RER et pour couronner le tout un bus improbable qui s’arrêtait partout.

A lui

Pour toi, qu’est-ce que je ne ferais pas. Ok, c’est aussi un peu pour moi car t’avoir là, couché sur le tapis, mon tapis de Téhéran qui m’a coûté une vraie fortune, je déraille je crois l’avoir déjà dit, enfin bref, te voir par terre comme un chien ce n’est pas une situation durable donc direct dans l’aventure.

J’y suis arrivée, fin de matinée, un gros, très gros entrepôt ; j’étais confiante, heureuse. Cela n’a pas duré longtemps, un type pas franchement sympa est venu en traînant les pieds

– C’est pourquoi ?

– Ben, pour empailler… J’allais pas dire qui quand même, ça ne le regardait pas, c’est pour le principe, on a droit à sa vie privée

Comme je ne répondais rien, il s’est amadoué

-Soyez pas triste ma petite dame, on s’attache à ses bêtes, après vous verrez il sera comme neuf. Vous l’avez apporté ?

Quel crétin, il voyait bien que je n’avais que mon sac à main, bon, c’est une grosse besace mais quand même.

A lui -Comment t’aurais-tu bien pu tenir dedans ? Ne rêvons pas

Au public – Il s’est alors un peu énervé de mon silence

– Allez voir la show-room, y’a de tout, je vous préviens on a beaucoup de boulot en ce moment, au moins un mois de délai quelque soit la bestiole

– C’est que je voudrais le faire moi-même

– ah c’est autre chose qu’il me dit, faut le matériel et l’armature appropriée

– L’armature ? Le matériel ?

– Eh oui, le principe est toujours le même, on retire tout, on récupère la peau que vous plaquez sur la structure et le tour est joué. Pour ce qui est du matériel …des scalpels, des pinces, et puis les yeux

– Les yeux ?

– Vous croyez pas qu’on remet les mêmes, enfin un peu de bon sens, pareil pour les moustaches

– Il n’en n’avait pas

– Allez voir là-bas, choisissez le modèle qui vous plaît et revenez vite. Pour une première fois, c’est compliqué, il y a un guide, très bien fait mais c’est 20 euros. Attention, on ferme de 12H30 à 14H, faut vous dépêcher un peu.

A lui

T’aurais ri, on se serait cru au Pont Neuf, des bestioles partout ; des chats, des chiens dans toutes les postures, il y en avait un les babines retroussées, on aurait cru qu’il allait mordre et il y a des gens pour acheter ça. Des souris, un perroquet, un serpent, t’y crois toi, un serpent.

En grand format ? Une biche ; t’as rien d’une biche…et puis, la trouvaille : un ours ! Cocagne ! un bel ours debout sur ses pattes de derrière et un air gentil mais gentil, on avait presque envie de le caresser. Tu parles si j’étais contente. Toi, là-dedans, t’aurais été superbe.

Coudes au corps pour être dans les temps, je suis partie à la recherche du type et si tu savais ce que j’ai vu. Un atelier, ça puait, une horreur, je ne te raconte pas ; des carcasses partout, j’ai fait quelques pas, impossible d’aller plus loin, sensible comme je suis, je n’ai plus bougé et suis restée quasiment collée au mur. Tout le long des murs, des présentoirs en verre avec, c’est inracontable, des yeux de toutes les formes, de toutes les couleurs et puis..des cils… des poils, des griffes, des… enfin de tout. Te glisser dans l’ours, passe encore mais choisir tes yeux, ton bout de langue…tout… car plus rien n’est d’origine ; cerise sur le gâteau, tout est fait « made in China » c’est ça le scandale. D’après ce que j’ai compris, il n’y a que la peau qu’on conserve. Autre difficulté et pas des moindres, qu’est-ce qu’on fait de…de l’intérieur ??? Ce doit être répugnant mais à la guerre comme à la guerre, j’ai tenu bon

Je voudrais l’ours. Combien coûte t-il ?

Je ne me rappelle plus, c’était une fortune. J’aurais bien discuté, demandé un article en solde ou même accepté une ou deux imperfections pour obtenir une bonne réduction. La fourrure un peu élimée ici ou là et hop,20% d’un coup, ç’aurait été top. Tu penses bien avec les vacances dans deux mois, faut que je serre le budget mais scoumoune de scoumoune il n’en avait plus, même en stock. Alors je me suis dit, un peu plus petit ce sera moins cher, j’ai pensé à un kangourou, ç’aurait été original. Nib, pas de kangourou en magasin. Style mammifère, ça se complique, et te voir à quatre pattes, en bélier ou même en tigre ou lion non, je crois qu’à long terme ça ne m’aurait pas plu. Et puis il y avait le problème de place, 4 pattes, c’est pas pareil que debout, y’a pas photo. Le type commençait à me regarder de travers, on se demande bien pourquoi. Ah le service n’est plus le même, le commerce de proximité s’étonne de perdre des parts de marché au profit de la vente en ligne, ça n’a rien d’étonnant.

Enfin, j’ai craqué, pour toi qu’est-ce que je ne ferais pas, j’ai vraiment insisté c’était l’ours que je voulais, entier, debout. Top là, qu’il me cède celui qui était là, dans le devanture, avec une petite réduc quand même et je l’embarquais illico. Et même que pour m’être agréable, il serait bien gentil de me trouver un système pour l’ouvrir et le fermer, comme une grande fermeture éclair dans le dos ; c’est le mieux pour t’y glisser, tu es d’accord ? et en un tour de main le problème était enfin résolu ; il n’a rien compris, ça se voyait, on aurait cru un triton hors de l’eau ; plus formel et intransigeant que lui il ne faut pas chercher ; il a tout refusé et de me vendre le modèle en exposition et même de m’aider plus avant dans ma recherche. Midi et demie, il ne pensait plus qu’à sa pose déjeuner et m’a carrément fichue dehors.

Quel coup pour le moral ; affreux. Qu’allais-je faire de toi ? Bredouille, j’ai repris l’autobus. Tu m’imagines, rien dans le ventre, déçue, je regardais par la fenêtre sans rien voir à vrai dire. Ces zones industrielles sont d’un sinistre. C’est alors que, miracle de la vie, une affiche, de celles que je déteste, qui dénaturent toutes les zones peri-urbaines, me saute à la figure. Un signe du ciel,  « Eros center », « poupées gonflables… » Le temps que l’info me parvienne au cerveau, que je tilte, que j’accepte l’idée que « poupée » ne veut pas dire forcément « femelle » mais qu’il peut y avoir des poupées « mâles », l’autobus avançait, avançait…je me suis jetée sur le bouton demande d’arrêt à la prochaine station sans savoir du tout où j’étais et me suis retrouvée éberluée sur un trottoir, au bord d’une route où les camions et voitures semblaient jouer au 1er qui arrive a gagné. Des usines, des entrepôts, personne, pas l’ombre d’un petit boulanger ni même d’un arabe ouvert. Je me suis assise sur un petit muret, la situation était grave mais pas désespérée. Il me fallait retrouver l’affiche donc revenir en arrière, noter l’adresse et m’y rendre. Quoi de plus facile ? Il me suffisait de prendre l’autobus en sens inverse sauf que…sauf que d’où j’étais, j’avais beau regardé à droite et à gauche, pas l’ombre d’un arrêt de bus de l’autre côté. Pas de panique me suis-je dit, d’autant plus qu’un piéton, un homme, peut-être perdu comme moi, s’avançait vers moi. Charmant, tout à fait mon genre mais était-ce le moment de batifoler, non bien sûr ! Efficace et pressé. Il a sorti sa tablette, tapé je ne sais quoi et miracle de la technologie

-L’arrêt de plus proche du 287, dans l’autre sens, est de l’autre côté du cimetière. Voyez le plan…

-Un plan ? Tu sais mon amour des plans -Montrez moi plutôt

-De l’autre côté, vous voyez ce grand mur, c’est le cimetière de ….j’ai oublié le nom, vous le contournez par là et vous y êtes ou mieux, vous le traversez en diagonale pour gagner du temps. Ce doit être à 5/10 minutes, pas plus.

S’il n’y avait pas eu urgence, j’aurais reporté à plus tard mais combien de temps je peux te garder là ? Ça m’obsède, d’autant plus que tant que tu es roulé dans mon tapis ; mon beau tapis de Téhéran, payé et payé cher, eh bien, je ne peux pas le nettoyer et les tâches de sang… chocolat, œuf et sang l’horreur de la ménagère. Alors me voilà partie et traversant de part en part ce cimetière sauf qu’il y avait pas deux parts ! Une entrée et pas de sortie, tu y crois toi ? Jamais vu ça. Une ½ heure, j’ai tourné, viré, pour revenir au point de départ ; j’en ai pleuré de rage ce qui n’a ému personne car les quelques clampins que j’ai pu croiser avaient tous la mine de circonstance et que mes larmes ne les ont pas une seule minute apitoyés. Leur demander à eux où était l’Éros Center, je n’ai pas osé, un peu de respect pour la douleur d’autrui, c’est le minimum. Alors je continuais à pleurer d’énervement, il y a de quoi, tu es d’accord ? de mal de pieds, de faim. Quelle injustice, le sort s’acharnait contre moi mais je suis butée, ça aussi tu le sais et j’ai tenu bon. Je te passe la suite, j’ai du aller jusqu’au ….

La lumière s’éteint. Noir absolu

4em acte

Dans le noir

Oh merde une panne, qu’est-ce qui a sauté ? Peut-être que je n’aurais pas dû ouvrir en même temps la porte du frigo et du congelo pour qu’il fasse plus froid ici. Ce doit être un problème de puissance électrique. Comment savoir ? C’est bien la première fois que j’ai un cadavre dans mon salon et en plus, celui de mon mari. C’était lui le «Mac Gyver », à la maison,pas moi, ça se saurait… Que faire ?

Où peut-il bien y avoir une lampe de poche? un temps mort Ah oui, oui je sais, le tiroir de …. Attention il faut que je fasse attention, il est en travers, je vais me casser la binette. Toujours là quand il ne faut pas.

A tous les coups, je vais me prendre les pieds dans le tapis, mon tapis, celui qui….

Bruit de qq’un qui tombe

Ouille, ouille ma cheville. Et en plus je lui tombais dessus, rien ne me sera épargné aujourd’hui ; j’ai la guigne, demain est un autre….

La lumière se rétablit, elle n’est pas sur scène . On l’entend

Je suis fortiche quand même, premier essai : un coup de maître. Faut que je me rappelle, c’est le truc rouge qu’il faut remonter quand tout disjoncte. En attendant, je remets en route le congélo ; quand même je ne suis pas chanceuse aujourd’hui, en un peu plus grand, j’aurais pu le mettre dedans en attendant des jours meilleurs.

Le téléphone sonne, elle regarde qui c’est

-Vero c’est toi ? Ca me fait du bien de t’entendre, je n’en peux plus, si tu savais….

..

– Quoi ? Le tapis ?

..

– Ah oui, je n’ai pas encore essayé, pas eu le temps mais je ne me fais pas d’illusion, je ne le rattraperai pas et si je dois l’envoyer au pressing, c’est la ruine ; déjà qu’il m’avait coûté une fortune

..

– Je ne te l’ai pas dit ? Un coup, un seul coup, malheureux, et j’ai tapé dans le 1000, t’y crois, toi ?

..

– Comment ça tu n’y comprends rien ? Il est là, mort, archi mort mais le plus étonnant voire le plus drôle c’est ce que j’ai fait cet aprem, figure-toi que je suis allée dans un Éros center et tu ne me croiras jamais, j’ai vu de ces trucs, à tomber par terre. Que je te raconte… Si ça coupe, t’inquiète pas, je n’ai pas été là de la journée alors avec tous ces incidents j’ai plein de trucs à faire alors je bouge

Elle range, met ses pantoufles, boit un verre d’eau, commence à se déshabiller tout en gardant son portable coincé contre l’oreille

En fait je voulais voir les poupées gonflables et s’il n’y avait pas moyen de…

..

– Si tu m’interromps tout le temps, on en a pour la nuit. Assieds-toi et écoute-moi, tu comprendras.

Entrer dans ce genre d’endroit n’est pas facile mais j’étais épuisée, je n’avais pas traversé le cimetière de fond en comble pour abandonner la partie

..

-Tu recommences ! Quand c’est pas toi qui parles, t’es vraiment pas au truc. On s’en fout du nom du cimetière. Je continue. J’entre, une atmosphère de discothèque, musique, ploum, ploum, ploum de la techno, j’ai horreur et des mecs partout qui te regardent d’un drôle d’air. Quelques femmes, plutôt mauvais genre ou bien un rien apeurées, accrochées à leur bonhomme, quelques-unes riaient en montrant les menottes, les fouets, les cravaches mais tu sentais que c’était du forcé. Je te fais ça dans le désordre. J’ai déjà oublié un truc rigolo : à l’entrée, enfin pas loin, des kilomètres de vibros, godes, petits canards et autres de toutes tailles, de toutes couleurs ! Des bites tellement grosses que je crois que c’est vraiment impossible de… des avec double voire triple…., enfin bref tu me comprends. Finalement ça te retire presque tes envies si tant est que tu en aies. Moi, j’avais d’autres soucis, à cause de lui et je n’avais ni tête ni le reste à ça. Je continue. Partout des mannequins avec des tenues…écoute, c’est pas compliqué : là où en général, pour nous, il y a un peu de tissu, eh bien là-bas il n’y en a pas ! Et ça tient ! Les soutien-gorges avec le téton de sortie, les bas ne sont pas à résilles, ils sont tellement ajourés qu’on croirait du grillage, c’est la couture à l’arrière qui doit tout retenir, porte-jarretelles en veux-tu, en voilà, cuir, latex à volonté ; les godasses, c’est pas mal non plus, jamais de ma vie je n’ai vu des escarpins si hauts, des couleurs flashies ! inconcevable ! Si tu veux, on ira toutes les deux un jour, c’est à voir.

Attends, j’ai besoin de mes deux mains, je te reprends.

Voila, c’est fait. Je te raconterai la suite demain, je n’en peux plus mais pour notre affaire : oui il y a bien des poupées gonflables « hommes » mais elles font 70 cms de haut! Des horreurs, genre pygmées avec des trucs monstrueux pour,….pour leur taille . Si tu veux plus grand, modèle américain, c’est 1m50, et comment je fais moi, il manque encore 30 cms, s’il faut que je le découpe, je ne me sens pas d’autant plus, il faut le dire, que le yankee il fait 1500 dollars alors que nos minus en font 70 … Retour à la case départ. Ç’aurait été marrant quand même, je ne peux pas m’empêcher de rire, tu le vois, lui, avec un engin de 30 cms  pour l’éternité!!! Je vais me coucher et rêver ! Dors bien toi aussi ma gazelle, je te rappelle demain, tout espoir n’est pas perdu, j’ai une autre piste.

Elle se déshabille et enfile une chemise de nuit

A lui

-Toi, tu vas mal finir, je te le dis, je fais tout ce que je peux et pour quelle gratification, je te le demande. Tu verras ce que tu verras. De la patience, j’en ai, mais faut pas attiger.

Elle se couche sur la banquette, la lumière baisse de plus en plus, elle se recouvre d’un plaid, on l’entend marmonner Darty, grand modèle…. ils livrent; le faire cuire…four ou cocotte ?…. hachis parmentier ?…. confettis…. immolation…requins…petits morceaux…cannibales…

Nuit noire et tout d’un coup, la sonnerie d’un réveil, elle se réveille brutalement. Lumières Il a disparu. Elle s’étire

Clin d’œil au public

– Bien sûr que c’est un rêve mais …gaffe, ce pourrait bien devenir une réalité. Je sais déjà où est la difficulté et ce qu’il ne faut pas faire… et si quelqu’un dans cette salle a d’autres idées, qu’il m’en fasse part discrètement, je lui en serais éternellement reconnaissante.

Départ pour l’Ailleurs

La vieille dame – Ah c’est toi ; regarde, regarde ces traits dans le ciel, c’est merveilleux !

Jeanne qu’on sent très émue   – Un avion, ce n’est qu’un avion.

La vieille dame émerveillée  – Oui, un avion. Souriante  – Il les emmène ailleurs, loin.

Jeanne distraite   – Qui ?

La vieille dame ne répond pas ; elle suit longuement l’avion du regard, puis baisse la tête regarde ses mains, vides, les ouvre, les ferme ; relève la tête – Tout a rétréci. Au début on n’y prête pas attention.

Jeanne silencieuse, dans ses pensées, la vieille dame enchaîne  – Et puis tout d’un coup, très vite, c’est trop tard.

Jeanne qui se reprend – Qu’est-ce que tu dis, Maman ? Qu’est-ce qui est trop tard ?

La vieille dame  – L’infini.

Jeanne  – L’infini ?

La vieille dame  – Quand j’étais petite comme beaucoup d’enfants je croyais que le monde n’avait pas de limites. Cela me terrifiait mais cela aussi m’hypnotisait. J’avais 4 ans je crois, pas beaucoup plus, quand nous avons déménagé en Corse. Ce n’est que lorsque nous nous sommes trouvés sur le bateau que j’ai compris ce que maman m’avait montré sur la grosse mappemonde qui était dans le bureau de mon père : les terres, les mers…. Elle rira quand je lui raconterai l’avion! et toi, tu ne couperas pas à son cours de géographie.

Jeanne la grondant un peu  – Maman….

La vieille dame  – Oui, je sais ! silence   – C’est bon d’évoquer le passé. Elle n’était pas commode ta grand-mère ; une femme de devoir comme on disait.

Elle regarde à nouveau dans le ciel  – Au début: le monde entier et toute la vie devant soi. Je n’en ai guère profité ; les études, mon père voulait que je fasse des études, je les ai faites ; il m’a ouverte, lui, à d’autres mondes et je ne le regrette pas. Et puis il y a eu vous, ton frère et toi, le temps qui passe, les vacances, les excursions, des intrusions rapides dans des ailleurs étranges, j’en garde quelques images. Comme des rêves, cela est si loin ! Au fil du temps, mon monde s’est rapetissé encore et encore ; les promenades dans le quartier, puis quelques pas sur le boulevard et maintenant ce coin de fenêtre. Elle se rend compte de son ton nostalgique et se reprend  – Note, j’y suis très bien, elle sourit  – A nouveau, je n’ai plus de limites…….

——————————-

…….C’est comme ça ; passe-moi deux draps propres. Prends ceux du haut.

Malika lui envoie 2 draps, un papier se détache et tombe par terre. Patricia le ramasse. Malika  – Attrape ; mais qu’est-ce que c’est que ça ?

Patricia se baisse, ramasse la feuille de papier  – Incroyable…écoute Elle lit « Tu es l’amour de ma vie, tu m’as ensorcelé. »

Malika éclatant de rire  – Qu’est-ce que c’est que cette connerie ? Montre-moi ce papier… À ton avis, quel est le crétin…?

Patricia la coupant  – Aucune idée ; c’est peut-être une fille qui fait une blague.

Malika  – Fabienne ? Impossible, Geneviève, ce n’est pas le genre. Les filles du premier ? Je ne vois pas, elles entrent, font leur boulot, ressortent et ne sont pas très marrantes…………..

————————————

Mme Aubert  – Bonjour Monsieur Miles, vous faîtes un petit tour ?

Mr Miles  – Je le cherche.

Mme Aubert  – Qui ?

Mr Miles  – L’autre.

Mme Aubert  – Encore !  Voulant l’éloigner   – Il n’y a personne ici. J’attends ma …on ne sait pas si elle va dire fille ou mère. Monsieur Miles s’est arrêté et l’observe de loin

Mme Aubert  – Tout cela est bien long, les jours raccourcissent ; le mistral s’est levé, les martinets sont partis. Pour elle-même  – A quoi bon se cramponner encore et encore. L’idée de sa peine, à elle, m’est insupportable. Elle était effondrée à la mort de Louis, c’est qu’elle l’aimait son père, même plus que moi ; si je m’en vais, elle sera seule…Antoine est trop loin. Il n’est venu qu’une fois me voir depuis que je suis là. Moi aussi,  j’ai du mal à la quitter; je ne trouve plus…je ne trouve pas les mots pour lui dire que je l’aime ; je les ai jamais trouvés, c’est trop tard. Resserrant son gilet et regardant autour d’elle si elle voit quelqu’un qui peut l’aider  – Froid, j’ai un peu froid; tentant de faire bouger son fauteuil roulant –  Je ne sais pas bien faire marcher ce machin là.

……………….

Monsieur Miles revient vers Madame Aubert  – Ils font les vendanges en ce moment, ils doivent être dans ma terre. Ça me rend malade, je pense qu’à ça. Chaque année avec le fils on y allait ; on faisait tout, le raisin de table et la cuve. En septembre c’était le chasselas, plus tard le muscat. J’aime le ciseler. tu disais ;  tu te penchais, tu prenais une belle grappe, te relevais, l’installais bien au creux de ta main et après du bout de ton ciseau, avec attention, tu retirais les grains abîmés, les petits, tout ce qui n’allait pas, tu faisais très attention à la pruine.

Mme Aubert un peu étonnée de tout cela  – La pruine ?

Mr Miles continue  – C’est qu’il devait rester beau le raisin comme embué de soleil.

Tu déposais alors la grappe tout doucement dans la cagette et recommençais. Si tu savais comme tu étais belle ma Charlotte. Je te l’ai jamais dit.

Mme Aubert – Je ne suis pas…

Mr Miles dans ses souvenirs – Tu étais toute rouge, la sueur partout, j’aimais tes cheveux collés dans ton cou et ta bouche que tu laissais un peu entre-ouverte. Enfin ça, c’était quand il faisait beau mais les jours d’orage, c’était autre chose, le mistral qui se mettait à souffler, le froid le matin de bonne heure et la boue qui collait aux bottes. La terre nous retenait à elle. Cet après-midi, on y retournera ensemble. Tu veux bien Charlotte ? Le vent est au sud, demain ça risque de tourner. On aura la pluie. Le fils n’est pas encore là, je l’attends, prépare-toi.

 Mme Aubert – Ma fille va arriver, ma fille. Votre fils, je ne le connais pas………

…………………………

la voix en off de Mme Lauzières, la Directrice – Chers amis,  après une si brillante improvisation, je ne sais pas si je vais trouver les mots pour vous remercier d’être là tous ensemble à notre fête annuelle. Si nous avons choisi le thème de la mer…..

La voix se perd, seul reste un bruit d’ambiance ; Monsieur Miles apparaît, il est déguisé en marin, titube un peu, avance son sac de plastique à la main, puis il recule, ressort.

Pendant ce temps là, Jeanne regarde sa mère, relève un peu la couverture sur ses genoux, se rassied, découragée.

 Voix de la Directrice – Je souhaite à tous marins, pirates, flibustiers ainsi qu’aux petits mousses un bon appétit ! Applaudissements.

Entre Malika en marin   – Bonjour, quel dommage que votre maman ne soit pas bien. Avez-vous  vu  Monsieur Miles ?

Jeanne – Il est passé il y a 5 minutes, pas plus, il allait par là.

Malika – Il n’arrête pas de se sauver ! Il cherchait encore Monsieur Girard.

Jeanne – Je ne sais pas, il n’avait pas l’air très bien, mais petit sourire pas pire, à vrai dire, que d’habitude.

Malika – le repas a commencé, je vais le retrouver. Vous avez tout ce qu’il vous faut ?

Jeanne regarde sa mère – Oui, oui   Elle prend le livre de poésie et commence à voix basse

Quand nous aurons quitté ce sac et cette corde,
Quand nous aurons tremblé nos derniers tremblements,
Quand nous aurons raclé nos derniers raclements,
Veuillez vous rappelez votre miséricorde.

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Femmes en colère

L’action se passe dans un mas en haut Provence ; une cuisine spacieuse, une grande table, des bancs de chaque côté. Jeanne est en scène. Entrent Silvia et Hélène qui bavardent.

Silvia— Quelle belle région ! Et la vue est superbe. Tu as toujours vécu ici ?

Jeanne. — Non, depuis quelques mois seulement ; avant j’ai habité pendant des lustres à L’Isle-sur-Sorgue, un gros village connu pour ses antiquaires. Ma fille y est née, mais je suis restée une étrangère, comme disent les vieux du pays.

Silvia. — C’est là que tu l’as connu ?

Jeanne. — Lui, non ; c’est avec sa femme que j’avais sympathisé ; nos filles allaient au même collège. C’est curieux, dès le jour de notre rencontre nous avons pressenti qu’une amitié forte, de celles qui sont rares, allait se créer spontanément entre nous, mais le temps nous a manqué.

Hélène— C’est la seule qui ait tenu le coup longtemps avec lui, mais comme souvent, elle a été la dernière à savoir la vérité. Quel choc pour elle. Une femme sympa, un peu effacée. Je me souviens d’elle, je ne sais pas ce qu’elle est devenue. Des cornes, elle en a eues à ne pas passer sous l’Arc de Triomphe !

Jeanne, souriant. — Ici, on dit sous la porte d’Aix ; en fait, c’est la même chose mais à Marseille.

Hélène. — Dit-on aussi des cornes ? Ça devrait coller dans ce pays de chèvres. (Se tournant vers Silva pour la prendre à témoin.) On a vu un magnifique troupeau.

Silvia. — C’était des brebis.

Hélène. — Brebis, moutons, chèvres ! Du pareil au même ! Vous savez d’où vient cette expression, l’histoire des cornes ?

Silvia. — Tu nous embrouilles ! Je ne sais pas et je m’en fous.

Hélène. — Eh bien moi, je suis curieuse, j’ai cherché, et il y a plein d’origines possibles : le coucou, oui, l’oiseau qui pique le nid des autres, le dieu Pan, Merlin l’enchanteur, le vocabulaire du Moyen Âge ; laquelle voulez-vous ?

Silvia, haussant les épaules puis se tournant vers Jeanne. — Alors il a une femme ?

Jeanne. — Il en avait une, elle est morte dans un accident.

Hélène. — Ah bon, il y a longtemps ?

Jeanne— Neuf mois.

Hélène— C’est tout récent ! Coup dur pour lui, quand même.

Silvia. — Tu es idiote ou tu le fais exprès ? C’est un pourri qui nous a gâché la vie ; aucune pitié !

Hélène. — Tu as raison. Et s’il s’est conduit avec elle comme il l’a fait avec nous, c’est sûr, elle a dû en voir de toutes les couleurs. (Songeuse.) — Il y a neuf mois ? (Se tournant vers Jeanne) —  Mais alors quand l’as-tu connu , lui?

Jeanne. — C’est le jour de l’enterrement de Juliane que nos chemins se sont croisés ; j’y étais avec Léa, ma fille, qui était bouleversée, d’autant plus qu’elle dînait chez eux le soir où ça c’est produit. C’est la meilleure amie de Perrine.

Hélène— Perrine ?

Jeanne. — Sa fille.

Hélène. — Alors mon fils a une demi-sœur ? Intéressant !

Silvia, réfléchissant. — Mon histoire avec ce pourri est antérieure ; j’avais à peine 22 ans, une jeunette, quand le ciel m’est tombé sur la tête, coup de foudre à en perdre la raison et, malheureusement, je l’ai perdue !

Je m’en souviens comme si c’était hier. Je savais qu’il était marié, j’avais sous les yeux un indice de taille qu’aucun homme ne porte plus maintenant : l’alliance qui brillait à son doigt ! Mais c’était le cadet de mes soucis, il devait être maqué avec une vieille taupe qu’il quitterait à coup sûr très vite.

Jeanne. — Vous avez croisé sa route à des moments différents ; vous avez toutes souffert à cause de lui, il est un temps où il faut payer. C’est très différent pour moi, très ! nous en parlerons peut-être… (Songeuse.) un jour.

Annick Mas… (Elle hésite, fouille dans ses papiers.) oui, Masquelier, c’est ça, va arriver cet après-midi. (Elle regarde sa montre.) Wouah ! Il faut que je me presse ; elle atterrit à Marignane dans un peu plus de deux heures, mais j’ai mille choses à faire avant. D’après ce qu’elle m’a dit, elle n’a pas été sa victime directe, enfin si, en partie, mais il aurait séduit et couché avec une de ses protégées, une jeune Africaine je crois.

Silvia. — C’est dégueulasse. Y a pas d’autres mots.

Hélène— Il saute sur tout ce qui bouge. (À Jeanne.) Tu n’as pas fini d’en trouver des pauvres pommes qui, comme nous, se sont faites avoir ! Il doit y en avoir des wagons…

Jeanne acquiesce, puis à Hélène. — Tu es bien installée, rien ne te manque ?

Hélène. — Rien, tout va bien ; Silvia m’a prise sous son aile, nous avons fait connaissance et avons même déjà fait un tour. C’est escarpé par ici mais quelle vue ! C’est le Ventoux, là ?

Jeanne. — Oui, et plus loin, par temps clair, on aperçoit les Alpes. Quelques sommets au-dessus de Gap.

Silvia, à Jeanne. — Si tu veux, on va la chercher ensemble cette……….

————————————

……….Silvia, la coupant. — Tu es moins concernée que nous. Du reste, on n’a pas vraiment compris… Ce n’est pas le problème maintenant ! Laisse-nous faire, Jeanne. On est d’accord toutes les trois.

Hélène, à lui, les yeux dans les yeux  — T’as de la chance, elles, elles te laissent une chance, moi je voulais six balles dans le barillet.

Lui, qui voit qu’Annick a sorti un revolver, pris de panique.  — Non ! vous n’allez pas… Jeanne, Silvia, (Montrant Hélène.) elle est folle, elle a déjà essayé de me tuer. Annick, pas toi, ce n’est pas possible. Non, je vous en prie ! Non, arrêtez ! Je ferai ce que vous voudrez, je réparerai, je vous donnerai de l’argent, arrêtez !

Silvia, très sérieuse. — Voilà les règles du jeu. La roulette … provençale. Chacune d’entre nous, Hélène te l’a dit, te laisse une chance. Je mets donc trois cartouches seulement au lieu des six que ça contient. (Elle le fait sous ses yeux, n’y arrive pas bien, jure comme un charretier.)

Annick.  — Tu veux que je t’aide ?

Silvia.  — Non, j’y arriverai. Ça y est !)  (À lui)  —  Regarde, je joue le jeu, je tourne bien le barillet ; c’est aléatoire, tu le sais, une chance sur deux !

Lui, hurlant.  — Je vous en supplie, oubliez tout. Je m’excuse, je regrette. Jeanne, Jeanne, pitié !

Hélène.  — Tu ne me demandes pas pitié, à moi ?

Lui.  — Si, à toi aussi Hélène. J’ai été une ordure, mais pas ça, pas ça !

Hélène.  — Tu sais que j’ai fait un an de HP à cause de toi? Que j’ai été chez les fous. Tu entends ? chez les fous ! On plaidera la folie, encore !

Silvia, qui est prête  — Suite des règles du jeu. L’une après l’autre, on va te tirer dessus. Une balle, une seule balle pour le mal que tu nous as fait, pour nos vies bousillées. On te laisse toutes une chance, c’est plus que ce que tu mérites.

Jeanne, affolée.  — Il faut arrêter ce jeu, on ne peut pas !

Silvia, la repoussant.  — Tu n’en as plus le pouvoir, c’est comme ça ; il est trop tard. Sors de la pièce si tu veux, aucune de nous, si ça finit mal, ne dira que tu étais là. C’est notre affaire, tu ne risques rien.

Jeanne relevant la tête.  — C’est la mienne aussi, je vous dirai tout mais ça va trop loin, je ne crois pas que Juliane…

Elle est coupée par lui qui, au nom de Juliane, se met à crier, pleurer, supplier.

Lui.  — Juliane, Juliane, sors-moi de là !

Hélène prend le revolver, le met en joue. Jeanne hurle.  — Non.

Hélène tire.  — Loupé. (Se tournant vers Annick.) Tu auras peut-être plus de chance, toi.

Jeanne veut s’interposer, Hélène la retient. Annick tire puis tend le pistolet à Silvia qui tire à son tour. Il est anéanti mais vivant.

Silvia.  — C’est fini, on joue le jeu, la chance, le destin t’a sauvé. La crapule est vivante. On va te libérer, fous le camp. Elle coupe les liens. (Il ne bouge pas.) Fous le camp ! on t’a dit de foutre le camp. Voilà tes clés. (Elle les récupère sur la table.) Mille excuses, pas le temps, il se fait tard, on t’offre pas un verre.

Il se déplie brusquement et s’enfuit à toutes jambes. On entend ses pas sur le gravier puis la voiture partir sur les chapeaux de roue. Les filles éclatent de rire. Jeanne est prostrée, les mains encore sur les oreilles.

Silvia. — On a gagné, il a eu la peur de sa vie. (Voyant Jeanne qui ne bouge pas.) Jeanne, ça va ? Il est vivant, tout va bien.

Annick. — Heureusement qu’il n’est pas cardiaque!

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Jeanne, seule en scène prend un journal et le lit à mi-voix.

L’ÉNIGME DU TOURMALET ENFIN RÉSOLUE

L’inconnu grièvement blessé sur la route du col du Tourmalet vendredi dernier, est enfin formellement identifié. Il s’agit d’un homme d’affaires de passage dans notre région. Grand voyageur, il lui arrivait de partir sans donner de nouvelles, ce qui explique que sa femme n’ait pas signalé plus tôt sa disparition. Son silence devenant inquiétant, elle s’est adressée aux services de police qui ont effectué des recherches et fait le rapprochement avec l’homme retrouvé miraculeusement vivant au fond du ravin. Très commotionné, il a perdu l’usage de la parole. Son état qui s’était stabilisé s’est aggravé brusquement à nouveau mais ses jours heureusement ne semblent plus en danger.

Les circonstances de l’accident restent obscures ; avant de tomber dans un mutisme complet, l’homme a prononcé quelques mots sur la présence d’un loup qui serait à l’origine de l’accident. De nombreuses battues ont été faites, sans succès jusqu’ici.

Sa femme, Aurore Mezzin, très choquée, se refuse à tout interview, mais remercie chaleureusement ceux et celles qui ont pris soin de lui. En effet, une chaîne de solidarité s’était mise en place, plusieurs personnes lui rendaient visite en attendant que la situation se clarifie.

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N’en parlons plus, veux-tu !

Voix off.

Le train n°8427 à destination de Brive-la-Gaillarde va partir ; prenez garde à la fermeture automatique des portes, attention au départ. Ce train desservira les gares de Vierzon, Limoges – Guérêt.

Un homme, Bruno, est déjà assis sur une banquette contre la fenêtre, en fond de scène ; on ne voit que sa silhouette, il est caché derrière un journal grand ouvert.
Marguerite, arrive essoufflée, pas maquillée, les cheveux sur les épaules, avec une assez grosse valise, des sacs de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Elle laisse tout en plan et s’assoit sur la banquette en face, voit Bruno, s’adresse à lui.

Marguerite. — Bonjour

Bruno, sans quitter des yeux son journal. — Bonjour

Elle souffle, se relève, retire son manteau ; superposition de vêtements, un peu bohème. Elle range ses sacs en haut, dans le filet, veut faire de même avec la valise, n’y arrive pas, se décourage, la laisse entre les deux banquettes. L’homme n’a pas bronché.
Elle se rassied, reste immobile ; le temps passe. On la sent épuisée ; elle se relève, va dans le couloir. Face aux spectateurs.

Marguerite. — Bien ma chance ! Quatre heures à passer avec un rustre de la pire espèce. Faux-cul qui fait semblant de ne pas me voir.

Marguerite sort de son sac une cigarette, l’allume et, la cigarette au bec, ouvre la fenêtre.

– Un peu d’air, ça me fera du bien ; quelle journée ! Je n’en peux plus. S’il croit que cette fois-ci je vais revenir, il va être surpris ! Ça a été dur, une pareille décision… mais un jour, aujourd’hui, elle s’est imposée ; je n’avais plus le choix, il fallait partir. Le pire a été le temps qu’il m’a fallu, après, pour ouvrir la porte et filer : j’ai hésité, ce n’était jamais le jour, jamais le moment, tout allait peut-être s’arranger. Des nuits blanches, des insomnies. Enfin ! j’y suis arrivée. Je suis moulue. Une cigarette, il n’y a rien de mieux qu’une cigarette.

Un temps. Marguerite, toujours face au public. – Je dois être affreuse. Des nuits à me demander quand j’en aurai le courage. Des angoisses horribles ; il dormait à côté de moi, tranquille, refusant de voir les problèmes. « Mais qu’est-ce que tu veux de plus ? » était son refrain. Ce que j’ai pu le haïr alors. Des années entières de vie commune, et tout remettre en question, tout envoyer balader. Je suis folle. Vie commune, vie commune… vie de merde, oui ! Lui, toujours lui ; et moi qui n’étais plus rien, tentant de jouer un rôle pour lequel je n’étais pas douée : la gentille, l’efficace, la mère, l’amie, aux petits soins du maître-mari. Je tourne la page mais j’ai peur ; curieux, je me sens forte et j’ai peur, une peur terrible ; l’abîme devant moi. Je ne sais pas vraiment comment je vais faire. Je verrai bien.

Bruno a laissé tomber son journal sur ses genoux. Il est dans son monde et semble anxieux.

Marguerite, toujours dans le couloir. — Si je commence à me poser des questions, jamais je ne m’en sortirai. L’oublier, tout faire pour l’oublier et repartir à zéro. J’ai fait le plus dur, il faut avancer maintenant, mais où, comment ? Heureusement que j’ai mon job, et Antoine.

Silence. Puis, rapidement, comme s’il y avait urgence, elle rentre dans le compartiment, s’assied, fouille dans son sac, en sort une trousse de maquillage, se lève, disparaît dans le couloir.
Bruno veut sortir, heurte la valise, hésite à l’enjamber, finalement la monte dans le filet. Il sort dans le couloir.

Bruno— Quel tourbillon cette femme ; fatigante, ce serait bien qu’elle se calme. Elle en a déjà mis partout. En plus, elle fume. Ce doit être une bavarde, une agitée. Il faudrait que je me mette sur mon dossier, pas le courage, comment établir une défense qui se tienne ? Ils ont tous des versions différentes ; il n’y a qu’une seule chose qu’ils partagent, c’est la connerie, et ce n’est pas un argument. Du coup, personne ne sera satisfait du verdict. Et c’est quasiment toujours comme ça.

Il regarde par la fenêtre un bon moment.Moi qui voulais être paysan comme le père Morot, ils en ont décidé autrement. Les études, ils n’avaient que ce mot-là à la bouche ; ils ont été contents du résultat. Ils sont morts maintenant, et moi aussi, quasiment.Tracer la ligne droite avec mon tracteur et ne pas me poser de problème. Avancer, toujours avancer, planter, récolter, se laisser guider par les saisons et n’être emmerdé par personne. Trop tard maintenant. Les parents sont les assassins des rêves de leurs enfants.

Marguerite réapparaît sur la gauche, maquillée, cheveux relevés, bijoux, et regarde de loin l’homme debout dans le couloir. Elle s’avance vers lui ; il ne la voit pas.

Marguerite. — Tiens, il est là, lui. Bel homme ! vraiment pas mal quand il est déplié ; beau profil. Quel âge peut-il bien avoir ? aucune idée. Vieux jeune homme ou fringant vieillard ? difficile de trancher, il ne ressemble à rien. Un gros ours renfrogné qui hiberne.Pourtant le printemps est là.

Marguerite entre dans le compartiment, voit que sa valise a été montée. Elle se cale contre la banquette, ferme les yeux.
Bruno toujours debout dans le couloir, regardant de temps en temps à droite ou à gauche.

Bruno. — C’est pour ça que je n’ai jamais voulu avoir de gosses. Je ne voulais pas faire comme eux, comme tous les parents qui n’ont rien réussi et tentent de se rattraper au travers de leurs enfants. En plus, la belle affaire : voir sa femme devenir une baleine, ne plus parler que d’accouchement, de vergetures, de Blédine et autres ; car c’est ça, à la minute où elles sont habitées, nous, on est expulsés ! finis ! on laisse la place à l’enfant-roi ; alors, pour ne pas perdre la face, on fait comme les autres : on s’extasie devant le rejeton qui braille et nous pourrit la vie. On doit sûrement finir par l’aimer ; enfin, peut-être. En tout cas, pas pour moi. À peine vous commencez à être bien avec une femme que la question vient sur le tapis. On les voit arriver ; toutes ; il suffit qu’une de leurs amies en ait pondu un, et crac, c’est contagieux, il leur faut le leur. Et c’est le début de la fin !…….

—————————–

……...Marguerite.— Pas facile le bonhomme !

Pour elle–même. — Il me plait de plus en plus cet homme ; silencieux, certes, mais je ne sais pas, il a ce quelque chose qui me fait frémir, et Dieu sait que je n’ai pas frémi depuis longtemps ! Je me mets à fantasmer à mort ; à tout imaginer. Sa bouche… bien dessinée, sensuelle ; sa bouche et ses mains… ses mains, toujours elles… ses mains sur moi… Il me sauterait là, ni vu ni connu ! Pour me laisser faire, j’me laisserais faire !

Marguerite semble sortir d’un rêve, se reprend. Au public. — Bon, il faut que j’arrête de rêver ; ce serait fou, complètement fou, que le jour où je quitte l’autre, je fasse une rencontre… Cinéma, je me fais du cinéma, il ne me regarde pas, ou à peine.

Elle part. Bruno continue à travailler, ferme un dossier en soupirant, se frotte les yeux de fatigue, s’étire, se lève et vient dans le couloir, prenant le public à témoin.

Bruno. — Pourvu qu’elle ne revienne pas de sitôt, elle me donne le tournis cette femme. Je sens son regard sur moi, continuellement, c’est insupportable. Ce n’est vraiment pas le moment : les femmes, pas le temps de m’en occuper. Fringuée comme l’as de pique. Des tas de trucs sur le dos, les uns sur les autres. Je n’ai aucune envie d’entamer une conversation, encore moins d’être aimable. Une frapadingue sûrement. Si elle croit que je ne vois pas son manège. Je vais changer de place, me mettre sur le même côté qu’elle, elle n’osera pas se tordre le cou pour m’observer. Qu’est-ce qu’elle peut bien vouloir ? Maigrelette, elle ressemble à une chèvre hirsute. Et son sac ? Un cabas immonde, informe ; des papiers qui en sortent, un livre, et quoi d’autre encore ? un fourre-tout innommable. En plus, c’est une bavarde et je n’aime pas les bavardes.

Après avoir regardé attentivement à droite et à gauche, il rentre dans le compartiment en maugréant. Il reprend ses papiers – Le monde est mal foutu, des problèmes partout, des injustices, des salauds qu’il va me falloir défendre au nom de quel droit ? je me le demande bien… Et des écervelées comme elle. Les femmes… Décidément, je ne comprends rien aux femmes…………

—————————————

…….Bruno. — Elle est trop énervée pour dormir. Touchante, un petit oiseau, enfin un gros petit oiseau du style grand babilleur ! Néanmoins, je ne m’y frotterai pas, c’est une maîtresse-femme, elle sait ce qu’elle veut et fonce ! sans parler de ses confidences ! Femme d’expérience ; je n’arrive pas à l’imaginer soumise à un homme. Autre hypothèse, peut-être pas si idiote : pour exister, elle a voulu se conformer à ce qu’elle croyait être le fantasme masculin et, inconsciemment, elle n’a plus cherché que ce type d’hommes mais…Jusqu’où est-elle allée ? c’est difficile de le lui demander.

Il se retourne, la regarde encore puis, admiratif. -En plus, c’est une belle fille, en fait une belle femme ; elle garde toutefois, mais il faut bien chercher, une fragilité désarmante qui fait qu’elle est attachante ; elle m’émeut presque. Aujourd’hui, elle est vraiment mal attifée, mais si on lui retirait toutes ses épaisseurs de fringues, ses bottes de hussarde et le reste, elle ferait bander un régiment ! Avec des jambes comme les siennes, en escarpins hauts et bas noirs, elle doit être superbe. De la gueule, oui, elle a de la gueule !

Retour à la réalité, il fait non de la tête. — Soumettre une fille comme ça, je ne m’y aventurerai pas, trop peur de me planter, de ne pas pouvoir suivre alors que je serais sensé être l’initiateur ; non, ce n’est pas pour moi, c’est plutôt le contraire que j’aimerais.

Il se remet à fantasmer, ferme les yeux et se laisse complètement aller. -Accepter l’inconcevable !

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– Des questions sur ton père ? Tu m’en as toujours posées. Je te répondais qu’il était mort, et c’est vrai. Il est mort brutalement, on a cru à une rupture d’anévrisme. Ce que je ne pouvais pas te dire parce que tu étais trop petite, c’est que notre histoire a été très courte. Nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes plus ; c’était après la séparation d’avec Philippe ; Antoine n’avait que quatre ans ; Bruno m’a fait une jolie cour. Nous étions très amoureux et avions décidé d’un petit voyage ; au retour, il devait me présenter à sa mère. C’est au cours de ce voyage que tu as été conçue, et que malheureusement il est mort.

J’ai dû répondre aux questions des policiers, une enquête de routine : décès sur la voie publique ; cela n’a pas été facile. J’ai choisi de ne pas nous imposer dans une autre famille ; du reste, sa mère est morte, elle aussi, très vite. Il n’avait ni frère, ni sœur. Je ne connaissais personne, je ne voulais pas d’histoire, juste une petite vie tranquille, et puis je te voulais à moi, rien qu’à moi. Je pense avoir bien fait. Tu sais tout. Tu es le fruit d’une belle histoire d’amour, ma fille, mon trésor.

N’en parlons plus, veux-tu ?

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Fonce, vas-y, n’aie pas peur

Le rideau s’ouvre. En scène deux personnages, Victor, le vieux monsieur est assis; il semble là depuis longtemps, très longtemps, il est « poussiéreux » comme l’autre homme plus jeune, Thalis.

 On entend un bruit d’expulsion et est projeté sur scène un soldat en armes, débraillé, sale, exténué ; il est éberlué, tombe, se relève, retombe et ne bouge plus. Aucun des deux ne va à son secours.

 Victor – Pour une fois qu’on allait pouvoir bavarder, ce ne sera donc jamais

Thalis marchant et chantonnant (Air de Capri c’est fini) Jamais, jamais…nous n’irons plus jamais…la la la la la… Nous n’irons plus jamais, tu viens de me quitter…

Victor regarde le soldat ; silence   – D’où vient-il celui-là ?

Silence encore, pesant. Le vieux monsieur s’en désintéresse et reprend sa conversation avec Thalis

L’attente est longue pour certains, pour d’autres pfuitt... Il regarde le soldat et fait un geste de rejet

Thalis – L’attente, l’attente de quoi ? Nous n’en savons rien. L’attente de l’attente, sans fin.

Silence

Thalis tout d’abord songeur puis relevant la tête et s’illuminant – C’est comme l’amour ; tu crois… tu crois le saisir, c’est déjà fini sans même savoir s’il a bien été là.La beauté ? Éphémère elle-aussi. Tout redevient poussière.Il reste, il reste… Il cherche, ne trouve pas.

Silence

Thalis montrant du menton avec un petit rictus d’inquiétude La Porte  – Peut-être qu’après, nous le saurons.

Victor grondant  – Thalis, ne dis pas de bêtises et donne-moi mon manteau

Thalis s’arrêtant, étonné  – Mais, pourquoi ?

Victor maugréant  – Pourquoi ? Pourquoi ! Parce que je le veux !

Thalis  – Mais ici…

Victor le coupant  – Je le veux, donne le moi.

 Thalis prend, plus loin, une sorte de houppelande et lui met sur les épaules

Victor regardant le soldat   – Il ne me plaît pas celui-là

Thalis  – Ne le regardez pas ! Regardez-moi ! Que voulez-vous que je vous récite ? Baudelaire, Rimbaud ? Le bateau ivre ! Oui, le bateau ivre ! Comme je descendais….

Victor ronchon le coupe et se recroqueville sur lui-même   – Dormons, il faut dormir. Encore dormir. Viens contre moi.

Thalis attend quelques instants, se relève, on le sent désœuvré ; il tourne en rond esquivant au mieux le soldat puis il s’adresse au public et plus il parle plus il s’anime   – J’ai trouvé : la poésie ! Elle est, elle ne prend pas une ride. La poésie… L’oubli, l’oubli est son seul maître mais il ne la violente pas, ne la désarticule pas avant de la projeter dans le néant.

Il faut noter, ne pas oublier ; mais ici, noter avec quoi ? Pour qui ? La poésie, la poésie ! Elle seule permet d’intervertir les rôles. Les couleurs parlent, les mots dansent, les silences sont peuplés de tous les rêves oubliés. C’est la seule arme que nous ayons pour supporter l’attente, la seule arme contre le désespoir.

Victor bougonne – Baliverne, on tourne, on tourne toujours. En aparté – Je n’y échapperai donc jamais.

Thalis survolté – Oubliez ! – Ici, grâce à elle, il n’y a plus de glaces, plus de murs, je perçois l’invisible, peut-être un jour le mystère des choses.

Victor regardant vers l’endroit d’où est sorti le soldat – Paroles tout ça ! Nous sommes enchaînés l’un à l’autre refusant de remonter à la source originelle, comme les autres, ces vagabonds qui espèrent encore et avancent inexorablement vers l’anéantissement.

Thalis – Il y aura des lendemains plus heureux

Victor – Tu n’as rien compris, nous sommes mais n’existons plus. Le temps est arrêté. Stop ! Nous reprenons sans fin la dernière séquence. Regardant vers le soldat – Eux seuls qui en reviennent peuvent encore nous le raconter

Thalis  – Quoi ?

Victor  – Le monde.

Thalis étonné  – Lui ? Nous raconter le monde ?

Victor criant  – Ne t’en approche pas, ne lui parle pas, ne le touche pas, surtout ne le touche pas. Celui-là n’en sait plus rien. Il sort de l’horreur, des bombes, de la mitraille, du sang.

En entendant ces mots le soldat se relève non sans mal, il est terrifié, comme fou, il titube, retombe gémissant et marmonnant des « Maman »

Victor – Tu vois, c’est comme ça, il y va directement ; nous ne saurons rien ; peut-être est-ce mieux ainsi.

Thalis regardant le soldat qui rampe avec difficulté – Il y va, pas de doute, il y va.

Le soldat continue à avancer vers La Porte sans un regard vers eux. Ils le regardent faire

Thalis – Et s’il n’y avait rien ?

—————————————–

 

…………….Thalis montre Victor puis s’adresse à Juliette – Parce qu’il n’y avait que nous jusqu’ici. Les autres ne font que passer. Vous apportez l’amour, la légèreté, la beauté, restez, je vous en supplie, ensemble nous pourrons peut-être…

Victor qui s’est approché, bourru – Balivernes

Thalis – Ne l’écoutez pas, il ne peut rien voir, rien faire, ses souvenirs tournent sur eux-mêmes alors imaginer quoi que ce soit, c’est tout simplement impossible pour lui.

Juliette – Nous avons toute la vie

Victor va dire quelque chose, Thalis le pousse de côté – Ne faites pas attention à lui, il voit tout en noir

Romeo inquiet  – Qui me dit… ?

Juliette l’interrompt   – Il a raison, il ne faut pas l’écouter, c’est un vieil homme, un peu aigri ; se tournant vers Thalis  – Je suis Juliette, voilà Romeo et vous ?

Thalis – Thalis

Juliette – Vous connaissez notre histoire ?

Thalis – Qui ne la connaît pas !

Victor de loin – Mièvrerie et eau de rose !

Juliette – Un regard, le coup de foudre, l’amour… et nous voilà ! Elle se jette dans les bras de Romeo qui, lui, semble encore un peu inquiet.

Thalis souriant – L’amour…La beauté…La poésie…

Thalis se retourne vers eux et montre Victor – Pardonnez-lui, il est content aussi, il vous le dira ! Votre histoire est un véritable succès. 8211 représentations dans le monde sans compter les innombrables adaptations cinématographiques.

Romeo et Juliette dans les bras à nouveau l’un de l’autre. Juliette – Waouh !

Thalis  – Il n’y a pas de meilleure recette que l’amour contrarié

Victor qui s’est approché – Qu’est-ce-que tu dis ?

Thalis venant à sa rencontre et parlant un peu plus fort – Il n’y a pas de meilleure recette que l’amour contrarié

Victor L’amour, l’amour vous n’avez que ce mot là à la bouche. Quand on voit où il mène !

Thalis ne veut pas répondre et repousse Victor pour que Romeo et Juliette n’entendent pas

Victor  – La mort ! Tiens, eux, quel bel exemple !

Thalis  – Taisez-vous, laissez-leur encore quelques moments de légèreté, d’inconscience, de…bonheur.

Romeo revient suivi de Juliette à Thalis  – Où pouvons-nous aller ?

Thalis   – Où il vous plaira. Vous ne pouvez pas vous perdre, tous les chemins ramènent ici.

Romeo  – Une île ?

Thalis – En quelque sorte ! Faisant un clin d’œil à Juliette  – Les palmiers, le soleil, la plage… Fermez les yeux, laissez-vous aller !

Entre-temps, en toile de fond, video : un décor de mer, de vagues, bande sonore bruit des vagues, oiseaux

Juliette entre dans son jeu, imagine à haute voix un décor de rêve – Les vagues, le sable fin ! Toi, moi ! Un bateau au loin, la chaleur sur notre peau, quelques mouettes ; c’est bon ! C’est bon !

Romeo indulgent  – Ma Juliette, sois sérieuse, un peu !

Juliette – Je suis bien, une légère brise et le bleu du ciel. Regarde, regarde le voilier, où part-il ? Ses passagers sont-ils aussi heureux que nous ?

Romeo – Arrête, arrête un peu !

Thalis très sérieux à Romeo puis montrant Victor qui dort maintenant dans un coin Elle a raison, entrez dans le jeu et vous verrez. Je vous l’ai dit, c’est nous qui le créons ! Avec lui, mission impossible, déprime et mélancolie ! J’ai tout tenté ! Mais vous, vous êtes jeunes, beaux !

Romeo pragmatique – Au risque de vous paraître idiot, j’ai besoin de plus d’explications. Que pouvons-nous faire ici ? Où nous installer ? Combien de temps resterons-nous ?

Thalis fait quelques pas, un geste d’ignorance, les quitte.

————————————————– 

…………Marie – Madeleine au public – Je crois qu’on est entre morts et vivants, entre deux mondes. Y’a personne qui m’avait dit qu’ça existait, même pas l’autre, le prophète, ils l’appelaient comme ça pour se foutre de sa gueule, en tous les cas, c’est celui qu’avait pris ma défense un jour où ça chauffait avec les autres. Les sales hypocrites, ils montaient avec moi et me crachaient dessus par derrière comme quoi des femmes comme moi ça devrait pas exister. Ils savaient rien de moi, juste mes spécialités comme ils disaient et qu’j’étais bonne fille.

Silence

Marie – Madeleine – Mes parents ? Ils m’ont foutu dehors quand ils ont su qu’j’étais en cloque. Est- ce que j’avais le choix, c’était ça ou crever. J’ai rien regretté, Marylinn c’est ma joie, mon trésor et personne, non personne la connaît, encore moins celui qui m’la faite. Le salaud, y s’est vite barré. C’est du passé tout ça.

Victor se réveille à moitié  – Quoi, qu’est-ce que vous dîtes ?

Marie – Madeleine   – Ma mère, elle m’a manqué ma mère. C’est l’autre, son Jules, qui voulait pas de nous ; elle, elle m’aurait gardée. Une mère ça fait pas ça à son enfant. On s’est vues en cachette, et puis un jour, fini, elle est plus venue ; j’sais pas pourquoi . Faut dire qu’elle était usée, elle faisait des ménages pour tous ces bourges qui la voyaient pas. A ramasser la merde des autres, toute la journée et à se faire payer des clopinettes. J’ai fait un autre chemin moi, il n’est pas glorieux non plus

Victor – Les petits vont revenir, attendez

Marie – Madeleine  – J’m’en fiche un peu de vos p’tits. Moi, ce que je voudrais, c’est retrouver ma mère

Victor brusquement réveillé  – Votre mère ?

Marie – Madeleine  -J’lui en fais voir quand j’étais jeune et puis, j’ai pas pris la bonne voie comme elle disait et puis elle a disparu. J’voudrais lui dire que grâce à l’autre qu’est venu, qu’a été sympa avec moi, qui m’a dit que j’étais une fille bien et que tous les autres qui se la pêtaient, c’était des enfoirés, j’ai tout arrêté. Faut dire qu’j’avais 3 sous de côté. Je suis rangée des voitures maintenant, faut qu’elle le sache, faut qu’elle me pardonne tout l’souci que j’jui ai causé. Après, j’m’en fous ce qui peut bien m’arriver !

Victor pour lui   – Le retour à la mère ? Le pardon ? Elle remonte la rivière elle-aussi. Ce serait bien pourtant qu’elle reste là, un peu, elle met de l’animation même si elle est un peu… un peu vive !

Marie – Madeleine  – Vous êtes sûr que j’peux pas la retrouver ?

Victor – On n’est sûr de rien ici ; ceux qui passent puis qui choisissent de partir, ils disent que là-bas, c’est possible

Marie – Madeleine  – Et toi pourquoi qu’t-y vas pas ? Qu’est ce que t’attends ?

Victor – Je ne suis pas prêt

Marie – Madeleine  – Ah bon ? Faut être d’équerre ?

Victor – C’est comme on le sent, chacun a son histoire

Marie – Madeleine  – Ça c’est vrai ! Moi, j’ai trop envie… S’il n’y a qu’une chance que j’la revois, j’la prends. T’es sûr qu’elle est pas ici ? Non ? Alors j’y vais de l’autre côté, j’y dirai juste « Maman, c’est moi » et le reste y viendra tout seul, j’en suis sûre

Elle s’approche de la porte, recule, avance à nouveau

Marie – Madeleine – J’ai un peu la trouille ; faut pas qu’j’arrive fringuée comme ça.

Elle retire pas mal de bijoux de colifichets, remet de l’ordre dans ses cheveux, les attachent – Comme ça, ça va, j’suis convenable ?

Victor sourit  – Vous êtes très belle.

Marie – Madeleine  – J’me souviendrai de toi, Victor . J’t’le jure ! J’en ai pas connu des Victor, tu seras le seul ; c’est vrai qu’ils disent pas tous leur nom. Victor… Victor… c’était celui que sa petite fille était morte, on avait appris la récitation à l’école. Ce que j’ai pu pleurer, c’était trop triste. Ma mère, ma mère pour une fois elle m’avait fait réciter et on avait eu 10. Pour le coup, crêpes à gogo ! C’est un super souvenir, peut-être bien le seul. Ma mère, tu crois qu’elle m’pardonnera, ma vie, tous ces trucs où j’ai pas fait le bon choix.

Victor – Bien sûr. Les mères, c’est de l’amour, que de l’amour.

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