Si vous les apercevez, fuyez….

Si d’abord je m’adresse à tous, messieurs, c’est que je suis un peu perplexe, et peut-être pourrez-vous me donner la réponse à une question que je me pose. Au départ, question anodine, puis, au fil du temps et de ce qui m’a été rapporté, question de plus en plus compliquée, voire incompréhensible.
Entrons dans le sujet !
Cet appendice que vous, hommes, possédez, et dont l’inexistence chez nous, les femmes, est source, paraît-il, de recherche inconsciente, de sentiment de perte, de vertige, de vide, de quête.
Cet appendice, donc, avec qui vous entretenez des rapports naturels, cette sorte de prolongement de vous-même, qui, aux dires de certains, vous fait perdre la tête, dirige vos actions, gouverne votre vie ; cette partie de vous-même que vous évoquez à tout moment : moment de grande fureur « Mon zob, oui, je te le fous au… », ou moment de grande tendresse « C’est mon doudou, je le tiens dans ma main pour m’endormir ! » ; beaucoup d’entre vous lui ont donné un nom, un surnom, un prénom. Normal, une vie entière à se côtoyer, à s’espionner, à se supporter, à s’inquiéter, à se féliciter, à se parler ; vous lui deviez bien ça !
Les pas très originaux l’appellent Popaul, et semblent avoir avec lui un rapport quasi fraternel ; il en est de même pour les Bob, Jojo, Toto…
D’autres sont plus surprenants, comme Bouddha. Pourquoi ? Parce que, étymologiquement, en sanskrit, son nom vient de « bud », B U D H : l’Éveillé ?
Quoiqu’il en soit, emblème de la sagesse ou non, il est très immobile, convenez-en !
Que les plus « m’as-tu-vu », ou ceux qui traversent la vie comme des héros de la grande histoire, ceux que rien n’arrêtent, l’appellent Guillaume (pour le Conquérant, vous l’avez compris), cela ne me surprend pas, pas plus qu’Alexandre ! La question est de savoir s’ils gardent la tête froide lorsque l’engin part en conquête !
Jupiter est, à mon sens, plus prétentieux, plus dur à porter, mais la mythologie est pleine d’histoires de fesses, vaste partouze où Zeus, le premier, n’a pas donné le bon exemple. Zeus… J’en ai trouvé quelques exemplaires. Il rejoint Thor qui, lui, se bat dans le cosmos contre les forces du mal. Que dire de Bazooka, plus moderne, plus… tonitruant, à l’instar de Big Ben, plus civilisé ; est-il censé terroriser ?
Mais il y a les gentils aussi, ceux qui vous font sourire, qui vous émeuvent. Cet homme, par exemple, qui l’a baptisé Le Petit Rabougri, ne peut pas être dominé par ses pulsions, pas plus que celui qui l’a surnommé Le Zoziau… Qui aurait peur d’un zoziau ?
Stoukette ! Eh oui, l’imagination est au pouvoir ! Certes, la dernière syllabe est d’une constance affligeante : quéquette, bistouquette, etc. Pas drôle ! Mais Stoukette ? Charmant, non ?
Le Mistigri doit être plus malin, il rejoint le passe-partout !!! Pas de commentaires !
Je passe aussi sur Dumbo et sur Kojak ; j’avais oublié qui il était, lui. Internet est passé par là, j’ai retrouvé le grand chauve, allusion probable, mais d’un goût douteux.
Il reste une énigme que je vous livre. Je donne ma langue au chat ; à vous de m’aider, à vous de trouver. S’il est parmi vous, que cet homme, à défaut de son sexe, prenne son courage à deux mains et nous explique pourquoi il l’a appelé… Nabuchodonosor ?
En tout état de fait, c’est à vous mesdames que s’adressent ces petits textes car, si vous les apercevez, fuyez…

Nuit d’épouvante

C’était la nuit. Nous avions dîné dans une petite auberge, au bord du Rhône. Au-dessus de nous, le château de Mornas. Tu m’avais raconté l’histoire de la jeune épousée qui disparut le soir de ses noces ; on aurait retrouvé, au fond d’une oubliette, son squelette enveloppé dans sa robe nuptiale, cent ans après…
Tête à tête amoureux, pupilles dilatées, j’étais subjuguée. Envie de toi, envie de nous, envie d’amour.
« Je t’emmène chez moi, m’as-tu dit, ce n’est pas à côté, un peu de route à faire, nous allons avoir encore le temps de bavarder. »
Alors a commencé l’aventure, la folie, l’extravagance, le voyage au bout de la nuit. Des kilomètres, encore des kilomètres, toujours des kilomètres de virages, de forêts, de bois devinés dans la lueur des phares. Pas une lumière, plus une maison, le bout du monde, puis la descente sans fin de ce chemin caillouteux. Enfer ou Paradis ?
La nuit est noire maintenant, épaisse, lourde ; la maison apparait, masse énorme tapie comme un animal, complètement isolée. Nous entrons dans le labyrinthe.
Odeur de moisi, lourdes tentures, pièces démesurées, escaliers que je monte, meubles qui s’imposent, grands, gigantesques, sombres.
Tes bras qui s’ouvrent, tu me bascules, tu m’embrasses.
Vite, droit au fait, en sportif, je saute la dame ! Emballé, c’est pesé ; en moins de deux, je suis baisée, vite fait, bien fait.
Tu retombes sur moi, lourd, pesant, étouffant et, dans le silence de la nuit, au cœur de cette maison cathédrale, s’élève un ronflement énorme, tonitruant, qui enfle, envahit, explose, n’en finit plus.
L’homme a aimé !

Ari

Ari, c’est mon chat.
Il est gros et gras.
Rouquin,
Il a le ventre blanc,
et vous regarde dédaigneusement.

Ari, c’est mon chat.
Quand j’arrive, il est là.
Et comme si de rien n’était,
Innocemment,
Il vient se frotter contre moi.

Ari, c’est mon chat.
Son regard jaune, sa moustache,
Son air sérieux ;
C’est le roi des chats.

Ari, c’est mon chat.
Les jours d’amour, les jours d’amour fou,
Je l’appelle « gros pépère »,
Et il aime ça.

Ari, c’est mon chat.
C’est tout simple, il est là,
Je l’aime comme ça

Et toi, qu’est-ce qui t’a pris
Quand tu m’as dit dans notre lit :
« J’aimerais, j’aimerais une seconde, être Ari.
J’aimerais, j’aimerais, être gros pépère toute ta vie. »
Mon pauvre chéri…

L’Éternité

Phares qui trouent la nuit
Je viens vers toi
La terrasse
Les vieilles pierres du château
L’odeur de la garrigue, lourde et encore chaude
Les étoiles, la voûte céleste, la voie lactée et son immensité
Le regard sans limites
Scintillements
Profondeurs
Silence
Pas un geste, pas une parole ; seuls les chants des grillons
Beauté, grandeur, communion totale
L’univers entier nous est donné
Magie du moment
Douceur de l’instant
Temps qui s’étire pour ne plus exister
Éternité

« Et si on ouvrait une boîte de cassoulet ? »

Interrogation

Cela faisait plusieurs jours que, comme des boxeurs, nous nous observions.
La tension montait, les regards se faisaient plus chauds, les frôlements électriques.
Nous nous rapprochions à toutes occasions.
Tu es resté dîner ; personne dans la grande maison.
C’était sûr, certain, indubitable, ce serait ce soir !
Rien n’avait été dit et les jeux étaient faits.
Et puis… La foudre ! Tu t’avances, tu m’enveloppes, tu m’embrasses ; je n’existe plus ; violence, corps à corps, impatiences ; les corps se cherchent, les corps se trouvent, les mains partout.
On n’a pas fait dans la dentelle ! Tout voltigeait, vêtements à terre, fébrilité.
C’était tout de suite, c’était maintenant, il le fallait.
Frissons, passion, morsures, volupté.
Ma bouche, ta bouche qui s’ouvrent ; corps basculés, langues qui s’entremêlent.
Tout allait vite, très vite, c’était bon.
Les peaux l’une contre l’autre, l’envie furieuse, démesurée, grondements de toute sorte.
Je m’ouvre, tu m’envahis, tu m’investis.
Nous ne sommes plus qu’un corps, qu’une incandescence. Jeanne au bûcher…

Et j’entends alors ta voix, ta voix furieuse, impatiente, rauque, autoritaire dans mon oreille :
« Parle, mais parle donc ! »
Coup de tonnerre dans ma tête, que veut-il que je lui raconte ?
– De l’importance de la fluctuation du dollar dans l’économie mondiale ? Ça m’étonnerait !
– Un essai de réflexion sur l’acquis et l’inné ? Il y a peu de probabilité !
– Peut-être veut-il connaître son horoscope, ou la recette de l’omelette aux fines herbes ? Ne rêvons pas !
– Dieu existe-t-il ? Est-ce le moment de se poser la question ?

Alors, dans mon oreille étonnée, la voix d’une autre Jeanne s’est faite entendre ; elle t’a raconté que là-bas, tapie au fond de son sexe, au fond de son ventre, se tenaient, s’amusaient entre elles, mille femmes de toutes races, de toutes couleurs, de toutes peaux. Des blondes à gros seins, des brunes aux yeux pervers ; elles se caressaient, riaient, se retroussaient…
T’en souviens-tu ?
Chaque fois que nous faisions l’amour, je t’en choisissais une, quelquefois deux, qui venait se joindre à nos jeux.
Je te disais tout : le regard qu’elle avait quand elle remontait lentement sa jupe, la douceur de ses seins, son porte-jarretelle et ses bas noirs !
Je te les ai toutes données : les salopes et les fausses ingénues, les petites putes et les grandes baiseuses, les enfants de Marie au cul accueillant, les vierges effarouchées ; celles dont les bouches pulpeuses et entrouvertes attendaient ton sexe.
Je t’ai donné deux gourgandines qui faisaient l’amour ensemble, et tu te glissais entre elles.
Je t’ai donné la petite aux seins pointus, celle qui avait une jupe si courte que tu voyais qu’il n’y avait rien dessous.
Je t’ai donné Michèle et son gros cul, Annick qui zozotait, Adèle, Madeleine, et même Suzanne, la belle Suzanne, l’irréprochable Suzanne.
Je te les ai choisies, déshabillées, offertes, préparées, ouvertes ; tu les as toutes possédées.

Pourquoi a-t-il fallu que tu partes les chercher ?

Gymnastique

Il est des moments dans la vie, vous en conviendrez, où hommes et femmes ont besoin d’un peu d’intimité. Tout le monde ici pense au même endroit ; vous avez raison, mais je ne vous raconterai aucune histoire scatologique, au grand dam de certains qui, gardant un cœur d’enfant, se mettent encore bêtement à rire en entendant pipi, caca, zézette.

Mais pourquoi fallait-il que je sois là quand, dans la salle de bains, nu comme un ver, tu décidais de remettre tes vertèbres en place ?

« Jeanne, c’est très important, regarde.
Tu te couches sur le dos, bien à plat ;
Bras bien écartés.
Tu relèves le plus possible tes jambes,
Tu les plies au-dessus de ta tête, en remontant les fessiers ; encore, encore plus, les genoux doivent arriver quasiment au sol.
Puis, en gardant bien les épaules à plat, torsion ; tu bascules tes genoux lentement de chaque côté de ta tête.
Regarde, regarde bien. »

Les voyais-tu, toi, tes roupettes poilues et tendues, débordant à la limite de ta raie du cul ?

J’te lèche le nez…

Non, tu n’es pas mon amant.
Non, tu ne l’as pas été !
Et pourtant…, quelle familiarité !
J’te lèche le nez…

On a flirté innocemment ;
Tes mains partout, derrière, devant ;
Et aujourd’hui, cette nouveauté :
J’te lèche le nez…

Au corps à corps j’y suis allée,
Avec les autres, toute défringuée.
À la hussarde, ils ont tout pris
Sauf mon nez…, oublié !

Quand tout à l’heure au téléphone
Pour m’dire au revoir,
Dieu te pardonne,
Tu m’as lancé « J’te lèche le nez. »,
Dieu que j’ai aimé !

Un autre monde, tu m’as ouvert ;
Un univers !
Car enfin, des nez, y’en a des tripotées !
Des petits, des gros, des épatés,
Que moi aussi je vais lécher !

Et quand, au coin du feu,
Lorsque nous serons très vieux,
Nous nous rappellerons d’elle,
Ta belle, très belle queue doucement endormie
À l’hiver de la vie,
Alors, très gentiment, retrouvant nos étés,
Tu nous rajeuniras en me léchant le nez…

La Bonne Éducation

Nous étions quatre filles,
Et pour être bien élevées,
Ça, on y a été !
Jamais, au grand jamais, nous n’avions entendu parler de sexualité.

Alors reconnaissons-le, nous sommes restées quelques temps un peu niaises, évidemment !

Mais quand je suis entrée dans la chambre, que je t’ai vu sur le lit, nu comme un ver, appuyé confortablement sur un grand oreiller, les lunettes sur le nez, lisant le journal, j’ai été un tout petit peu étonnée.
Tenant toujours le journal grand ouvert à deux mains, tu as baissé légèrement la tête, tu m’as regardée par-dessus tes lunettes ; tu as relevé la tête, repris ta lecture et j’ai alors entendu « Suce ».
Là, j’ai été complètement sidérée.

Ce sont là les coutumes, me suis-je dit…

La vie, par la suite, m’a quand même appris que tu faisais partie des malappris…

La Fête de la musique

Paris, 1992.
Toi, moi, les enfants, les amis.
Saint-Germain-des-Prés, le gai Paris.
Des orchestres à tous les coins de rues.
Nous nous baladions.
Personne ne le savait, chut ! Secret complet :
Toi et moi, nous nous aimions.

Saint-Michel, sa fontaine,
Le rythme, l’ambiance, du jazz.
Frôlements, excitation, exaspération.
Tout était bon. Provocation. Séduction.

Du monde, du monde partout ;
Difficultés de circulation, à la queue leu leu, nous nous suivions.
Moi devant, toi derrière.
Alors, pour t’amuser, pour te faire rire, direction ton pantalon.
Je prends à pleine main l’objet de ma passion,
Je me retourne, l’œil complice, guettant tes réactions.

Ô, surprise infinie,
Ce n’était plus toi, et pourtant c’était bien moi,
La main dans le pantalon d’un pauvre garçon, inconnu au bataillon.

Le Caté

Le caté, bien sûr, j’y suis allée.
Après la caté, les Jeannettes, les Guides, et tous les mouvements de jeunes où vous apprenez que Dieu est amour, qu’il est représenté par ses curés, ses aumôniers ; que nous sommes ses enfants, et qu’il faut tous s’aimer.

Le péché ? Moi, je ne le connais pas parce qu’il m’a montré, mon aumônier, qu’on pouvait aimer et encore aimer… Que c’est délicieux, innocent !
En plus, c’est le pied d’aimer son aumônier, car en simultané, vous avez tout : le péché, la confession, l’absolution…, et vous recommencez…

Petit à petit, vous grandissez et comprenez que toutes ces notions sont dépassées, que le péché est une invention de l’homme qui veut nous garder, nous emprisonner dans des cages plus ou moins dorées. Il n’y a donc plus péché !

Vous est alors donnée l’Éternité pour continuer à aimer. Aimer tous ceux que vous approchez.

Aimer, encore aimer !