À la manière du Ministère public

Attendu que l’homme en question a un domicile fixe, une femme, une maîtresse, des enfants, un chien.

Attendu qu’il travaille comme un forcené cinq jours sur sept.

Attendu que le sixième soir, il honore bien régulièrement sa femme et s’endort après la bouche ouverte.

Attendu que le septième jour après avoir tondu le gazon, il s’installe devant la télévision, pantoufles aux pieds.

Attendu qu’il paye consciencieusement ses impôts et qu’il part en vacances à la Grande Motte, sous la tente, au mois d’août.

Attendu qu’il râle avec assiduité après sa belle-mère, son patron et sa scoumoune au tiercé.

Attendu qu’il est de par tous ces éléments ressemblant à ses soixante millions de compatriotes.

Qu’il n’a aucune originalité et qu’il l’a prouvé

Lui souhaitons pour l’encourager dans cette voie un bon et heureux anniversaire et le condamnons à persévérer.

À la manière d’une recette de Bon Anniversaire

Prendre un monsieur qu’on aime bien

Choisir en secret le jour de son anniversaire

Mettre des fleurs en gros bouquets

Du Vivaldi dans l’air

Pétrir amoureusement dans une jatte de faïence un gâteau au chocolat

Se vêtir d’une goutte de Chanel et,

Se glisser doucement sous la couette.

À la manière de ton Directeur

Nous travaillons ensemble depuis longtemps et nous nous apprécions.
Vous connaissez mes nombreuses qualités de décision, d’autorité, de rapidité, de compétence, de méthode, de technicité, de sens pratique, d’efficacité, de sagesse et d’endurance ; je sais : votre bonne volonté.

Il est un temps pour tout. Les ressources humaines m’informent que vous avez un an de plus aujourd’hui. Jusqu’alors vous avez été, certes, un cadre dynamique mais les faits sont là…

J’envisage donc pour vous une mutation nécessaire pour les besoins de notre entreprise et vous propose un poste dans les services administratifs : celui de ce pauvre Monsieur Dubois, votre prédécesseur, que nous avons eu la peine de perdre, étouffé par la poussière des dossiers, le mois dernier à l’âge de 43 ans.

Vous le remplacerez au département des archives dans le petit bureau sous l’escalier.

Ne doutant pas de votre accord, nous informons la Direction du Personnel de votre mutation à dater de ce jour, jour de votre anniversaire.

Recevez, Monsieur nos salutations distinguées.

À la manière d’une chansonnette

(sur l’air de nous n’irons plus au bois)

J’n’irai plus avec toi
Tes journées sont comptées
L’beau mec que voilà
Pourra bien te remplacer

Bon anniversaire lonla
Bon anniversaire lonlère

Refrain

L’beau mec que voilà
Pourra bien te remplacer,
C’est un superbe chat
Au moral bien trempé

Refrain

C’est un superbe chat
Au moral bien trempé
Toi, tu peines, pauvre rat
Avec ton an passé.

Refrain

Toi, tu peines, pauvre rat
Avec ton an passé
C’est comme si, c’est comme ça,
Il va donc te bouffer

C’est comme ci, c’est comme ça
Il va donc te bouffer
Tu n’seras donc plus là
Pour m’entendre fêter

Refrain

Tu n’seras donc plus là
Pour m’entendre fêter,
Un bon, joyeux trépas
De nos années passées.

À la manière d’un mathématicien

La spirale de la vie s’obtient en multipliant le nombre de temps et de dents perdues par le nombre de petits-enfants et de petits ennuis, soustraction faite des grandes passions et des petites chéries, puissance de travail au carré de la maison, cosinus bêta mais tendant quand même vers l’infini.

À la manière de ton médecin

Monsieur et cher client,
Effectivement le check-up que je vous avais ordonné fait apparaître divers désordres dus à votre âge et entraînant une sénilité précoce.
– Tracé cérébral : presque plat.
Vos antécédents familiaux l’expliquent.

– Activité digestive et intestinale : bourrelets mal placés, ventre flasque et replis bizarres. Votre alimentation doit être équilibrée. Évitez pain et féculent qui sont la cause de vos ballonnements, flatulences, renvois et aérophagie. Il est bon que vous ne preniez qu’un potage aux légumes, le soir.

– Activité sexuelle. Je sais que c’est aujourd’hui votre anniversaire. Exceptionnellement, si vous le pouvez et le voulez, tentez un essai, c’est à vos risques et périls. Il est normal, compte tenu justement de votre âge que vous manquiez d’intérêt et par-là même de moyens pour ce genre de chose. Vous pouvez éventuellement tenter de réveiller la bête en lui jouant du pipeau, assis à la façon des Hindous, ou en utilisant divers subterfuges : un poster d’Alice Sapritch au-dessus de votre lit ou si vous le préférez de Jacques Chazot. Tous les goûts sont respectables.
Le mieux, tout compte fait, serait de faire appel à votre meilleur ami, nettement plus jeune et donc plus performant.

Conclusions :
Faites attention aux vertiges ; prenez une canne quand vous sortezAcheter une ceinture du docteur Gaubi dans un magasin d’orthopédie pour vous maintenir la colonne vertébraleRégime conseillé : poireaux bouillis, carottes anglaises, pommes vapeur, bouillons, flocons d’avoine, camomille et une fois par semaine 80 gr de steak haché fin.

À la manière du bijoutier de ta femme

Cher monsieur,

Pour vous accompagner dans ces jours d’anniversaire, jours difficile nous le savons, votre femme m’a fait l’honneur de se choisir dans mon magasin une rivière de diamants.
Son choix est merveilleux.
Le diamant est éternel, même si le temps est éphémère.

Voulez-vous trouver ci-joint la facture.
Réf : ANN 2.07.2012 43 200 euros.( Quarante trois mille deux cents euros) en votre aimable règlement.

Croyez en nos salutations respectueuses.

PS : Escompte de 1 % pour règlement en espèces.

À la manière de ton chien

Vraiment, je n’ai rien compris ce matin.
D’ordinaire, il se lève en sifflotant, me fais un clin d’œil, chante sous la douche, se rase en écoutant les informations, déjeune et me donne un sucre.
Aujourd’hui, rien ne va plus.
Le réveil a sonné ; il est resté là, dans son lit, sans bouger, pensif, regardant le plafond puis il a soupiré et s’est levé.
Il a déambulé un peu dans la maison puis il est entré dans la salle de bains, et là, il y a eu de drôles de choses.
Il a retiré son pyjama et s’est regardé dans la glace, longtemps, très longtemps ; il rentrait le ventre, bombait le torse et disait : « Je ne suis pas encore foutu » et puis il attrapait ses petits bourrelets et faisait une drôle de tête ; il recommençait. Il rentrait tellement le ventre qu’il est devenu tout rouge.
Et puis, il s’est approché de la glace, tout près, tout près ; il a passé la main dans ses cheveux, une fois, deux fois ; il s’est approché encore plus et a tout détaillé : les rides qu’il a sur le front, les drôles de poches qu’il a sous les yeux ; il a tiré sur ses pommettes pour se remonter un peu les bajoues, il a même ouvert la bouche et s’est regardé les dents ; un drôle de sourire forcé et puis il s’est remis de profil et il s’est encore regardé ; il s’est mis à siffloter mais ce n’était pas pareil et je ne me suis pas approché.
Il a vu que j’étais là, il s’est baissé, m’a caressé et il m’a dit :
« Mon pauvre vieux, toi aussi tu vieillis »

Je n’ai pas compris.